27 févr. 2026


" L'attrape-cœurs "  de J.D Salinger   8/20

      Il y a un bail que je souhaitais lire ce livre, si encensé depuis sa parution en 1951 au point d'être considéré par certains comme un chef-d'oeuvre et donc un classique incontournable de la littérature américaine.

      Il raconte, à la première personne, les errements pendant 3 jours dans New-York de Holden Caufield, un étudiant de 16 ans hypersensible et révolté. Issu d'une famille aisée, il vient d'être exclu de son lycée Pencey Prep à la veille des vacances de Noël.

      D'emblée, ce qui frappe, c'est cette langue familière agrémenté de fautes de syntaxe, de tics de language irritantes du genre : et tout, ni rien, ou encore, ça m'a tué. Bien sûr, il s'agit de la langue d'un étudiant de 16 ans.

      Puis, un désintérêt vertigineux prend place devant la banalité apparente du récit, vraiment peu d'ergots pour s'accrocher à une captivation quelconque. Quand Holden évoque ses relations avec ses camarades de lycée, il constate de la superficialité partout, peu sûr de lui, il improvise, il crie en filigrane sa perdition. Alors, on baguenaude dans New-York et dans la tête du jeune Holden au fil des pages et des chapitres, heureusement courts. On comprend vite qu'il est en décrochage scolaire, qu'il vit un nihilisme appuyé de tout ce qui l'entoure, que l'alcool n'arrange rien et le sexe encore moins. Oui, il est maladroit, oui, il ne sait comment agir au présent et est angoissé par sa future vie d'adulte, néanmoins, la majorité des jeunes sont ainsi, c'est la vie. D'ailleurs, il rêve de pouvoir empêcher les enfants de grandir, les adultes étant des êtres corrompus et donc artificiels. Au passage, merci la généralisation facile. Seule, sa petite sœur Phoebe, âgée de 10 ans, lui fait éprouver de l'affection et de l'admiration, forcément liées à son innocence.

      Je veux bien que les thèmes développés soient intéressants, malheureusement le texte noie ces sujets dans une mélasse difficilement appréciable, du moins, à mes yeux. Rarement un roman court m'aura semblé aussi long ; une impression d'éternité. Pourtant, je suis conscient du drame qui se joue, je compatis même avec ce jeune homme en perdition, je suis solidaire de son mal-être né d'une société fallacieuse, malheureusement le traitement arbitraire plombe le récit. Un regard extérieur m'aurait mieux convenu, évitant de me lasser de ces pérégrinations monotones et étouffantes. 

      Je suis sûr de ne pas être le seul à m'être embourbé dans ce texte, en vérité il y a trop peu de clairvoyance du récit pour deviner le désarroi du jeune homme. Même le dernier chapitre se joue sur un seul mot ; ainsi une attention redoutable est nécessaire pour parfaitement appréhender l'histoire, qui prend enfin du relief, dommage, l'explication est en dernière page, il n'y a plus qu'à tout relire.

      Dans la même veine, ce questionnement répété : que deviennent les canards du lac de central park quand l'hiver vient ? Certainement la plus belle métaphore du roman, encore faut-il la comprendre. Pour info : que deviennent les hommes quand toutes relations humaines s'estompent peu à peu sous les coups de boutoir de la violence du monde ? De rien c'est gratuit !


15 févr. 2026


" Trois fois la colère "  de Laurine Roux   18/20

      Si vous avez aimé Madelaine avant l'aube de Sandrine Collette, vous allez adorer celui-ci. Surtout ne pas lire le quatrième de couverture, toujours trop volubile, cela gâcherait bêtement votre plaisir. Je dirais seulement que nous sommes au début du XIIIème siècle, dans le sud de la France, pendant la période des croisades et de la chasse aux soi-disant hérétiques. Une famille vit heureuse dans une cabane au fond des bois, quand le fils du seigneur local s'autorise les pires exactions. Des colères et des haines y naîtront dans cet univers sans justice.

      D'emblée, on est happé par le texte. Il faut juste s'investir dans les premières pages, peut-être les relire, le temps de s'en imprégner, de s'y adapter, de soupeser leurs esthétiques. Dès lors, quel plaisir de lecture ! En effet, le travail de documentation et d'écriture est colossal. Avec une rare gourmandise et belle rigueur, Laurine Roux pioche goulûment dans le vocabulaire du moyen-âge ; elle s'amuse follement avec cette matière première. Ainsi, elle transforme les mots en verbe, les arrondissant, les embellissant, les faisant rebondir tels des cailloux dans le cours d'un torrent, j'y ai même senti une certaine ivresse, un lâché prise. Cette manière de procéder créée des images invraisemblables de beauté et de poésie ; me faisant souvent m'arrêter sur un mot, une phrase, contemplant sa construction, toujours flamboyante, à l'instar du gothique. Avec cette dentelle littéraire, on songe à Marie-Hélène Lafon, celle qui dépose ses phrases sur l'établi du verbe, sachant les raboter, les polir, jusqu'à ce qu'elles sonnent et résonnent dans nos mémoires.

      Ce récit, aux allures de contes, fait son thème central autour de l'héritage, celui que l'on ne choisit pas, mais qui nous appartient, alors, qu'en faire, comment l'habiter ?

       De surcroît, Laurine Roux se saisit des questions qui tourmentent notre monde contemporain : L'emprise du passé, l'hégémonie masculine, la recherche de son identité, la quête de justice et la restauration des victimes.

      La forêt est un personnage symbolique à part entière, on la sent vibrante, fourmillante de pulsions de vie, d'odeurs et de désirs. Certains protagonistes y vivent et la lisent, ils la chantent car elle les enchantent, offrant généreusement le gîte et le couvert pour ceux qui savent la décrypter. Elle symbolise à la fois l'espoir, la sérénité et une possibilité de vie réelle, bien loin d'un monde de profits et de calculs.

      Qualité supplémentaire : le récit est tellement ciselé au cordeau, qu'il n'y a absolument rien à élaguer, aucun bavardage inutile, apanage rare pour un roman. Tant et tant de de publications verbiageuses devraient en prendre de la graine. 

      Seul regret, l'incipit, qui nous donne la fin avant de connaître le début. Cela n'a rien de nécessaire, si ce n'est de vouloir appâter le chaland avec un gros hameçon. Peut-être une idée de l'éditeur ? Néanmoins, cela gaspille bêtement une partie du plaisir de lecture, dommage.

      L'autrice avoue avoir eu l'idée de ce récit après avoir vu la fameuse série Le trône de fer de George R.R. Martin, et d'avoir voulu en faire sa propre version, quelle belle idée !


1 févr. 2026

 Petit aperçu du jardin hivernal 2026

Partie 1



Inopinément apparaissent ses champignons, façon petit village.



Toujours bien veiller au paillage de la terre, afin d'éviter que le ruissellement de l'eau n'emporte trop de nutriments. 



Grosse surprise le 5 janvier avec ce manteau neigeux, belle source d'azote pour la terre.



Pour autant, bouddha reste imperturbable, conscient de l'impermanence des choses.



Même de près.



Comme l'annonce d'un départ, la primevère lance la nouvelle saison...



...rattrapée de peu par les premières fleurs de Camélia.



Dans la serre aussi, le rallongement du jour réveille les graines de petits pois.



Cet hiver, ma récolte d'endive est honorable, car bien joufflue, de surcroît, sans aucune amertume. 



Ma bruyère d'hiver tirent ses derniers feux.



Ainsi que ses baies de cotonéaster, nourriture indispensable à beaucoup d'oiseaux l'hiver.

A bientôt.