10 juil. 2026

 Petit aperçu du jardin estival 2026

 partie 1



La bourrache prend son essor sous un ciel caniculaire, ses jours sont comptés.



Cette année, nous en sommes déjà, en ce début juillet, à la troisième canicule. Le jardin souffre énormément. De ma vie de modeste jardinier, je n'ai jamais vu cela.



Bombardées par les rayons assassins, les salades meurent...



... ou montent en graines de façon spectaculaire.



L'arrosage n'y fait rien, la mort végétale rôde.



Je suis obligé de mettre des protections solaires partout, si je veux garder quelques légumes non brûlés.



Ainsi, le potager devient beaucoup moins sexy !
On dirait presque une décharge !



Pas bien folichon cette suite de cageots protecteurs.



Partout j'érige des palissades.



Avec un parterre d'hortensias, cela paraît plus jolie.



Sous ma tente, salades et haricots essayent de mener une vie normale de légume.



Obligé d'installer ma nurserie à l'ombre de mon châtaignier.



Seul, le dipladénia se pavane en plein soleil...



... ainsi que les hydrangéas...



... et quelques fleurs hibiscus.



Œillets d'Inde et Cosmos essaient de faire bonne figure.



Profitant de la fraîcheur toute relative du matin, un pied de courge de Nice tente une extension verticale.



Seul légume à produire malgré tout, les pieds de courgette.



Venue de je ne sais où, une chenille de machaon se faufile sur une branche de Rue (plante aux feuilles originales).



Dans un coin élevé du jardin, mon épouvantail se rit de tous mes désappointements.



On se quitte avec la plante qui ressemble le plus à notre terrible astre solaire.

A bientôt, si je ne suis pas cuit !



24 juin 2026

 " François 1er et la renaissance " de Gonzague Saint Bris   18/20

      Quoi de mieux que de réviser son histoire de France avec un tel exalté, un tel fou d'histoires ? En effet, la faconde généreuse de Gonzague Saint Bris nous prend par la main et nous fait revivre le règne de François 1er avec un enthousiasme atypique, peut-être un peu trop, je crois que l'on frôle parfois l'hagiographie. Néanmoins, une chose est sûre, il est au nombre des Rois qui ont laissé une trace indélébile dans la longue histoire de notre pays.

      En suivant l'ordre chronologique, on revit chaque étape de François 1er, depuis sa naissance en 1494 à Cognac, puis sa nomination qui doit beaucoup au hasard au titre royal jusqu'à sa mort en 1547 au château de Rambouillet. De grands personnages historiques viennent ponctuer les pérégrinations de sa vie, tels : Henri VIII, Charles Quint, Léonard de Vinci, La Palisse, Jacques Cartier, le chevalier Bayard, etc. Un vrai régal de les retrouver sous une plume alerte et insatiable. Gonzague Saint Bris est gourmand de hauts faits ou de simples anecdotes qu'elles soient familiales, artistiques ou militaires.

      Guerrier, artiste, amoureux ou poète, François 1er est un roi populaire, au-delà de la bataille de Marignan ou du château de Chambord, on lui doit de nombreux actes politiques importants, de l'édit de Villers-Cotterêts (les documents officiels seront dorénavant rédigés en français) jusqu'à la création de la loterie nationale.

      Grâce à des apartés en fin de chapitre, ce livre est une mine de renseignements sur la période de la renaissance dans le monde, notamment celle des découvertes et de l'arrivée de certaines plantes en Europe, telles la tomate, la prune ou le thuya.

      A n'en pas douter, François 1er fut un grand Roi, il souhaitait contribuer à la grandeur de la France par d'autre moyen que la guerre. Ainsi, encore bouleversé par ce qu'il avait vu en Italie pendant sa période Renaissance, il amena l'art, qu'il soit pictural, littéraire ou architectural, au cœur son pays. 

      Par sa personnalité fantasque, Gonzague Saint Bris apporte un charme prodigieux et une verve intarissable à cette biographie. Nul doute, il fait partie de ceux qui savent raconter des histoires et captiver son auditoire.

      Un seul regret, habitant près du Havre, je ne m'explique pas pourquoi l'auteur a passé sous silence cette volonté de la part de François 1er, d'y créer un port digne de ce nom ?


18 juin 2026


 " Les grands malheurs "  de Bernard Clavel   10/20

      Eugène Roissard, vigneron épris de sa terre jurassienne, des siens et de sa patrie, est revenu mutilé et meurtri des tranchées de la Grande Guerre. Depuis, malgré un corps diminué, il s'occupe à nouveau de son vignoble avec sa femme Noémie, dont le frère, lors de cette même guerre de 14, s'est rendu aux allemands. Après les hostilités il est resté en Allemagne et y a fondé une famille. Chez les Roissard, on n'évoque jamais cette honte, même si Xavier, le fils, rêve de connaître son cousin allemand.

      Derrière ce long texte trop bavard, on devine aisément les intentions toutes légitimes de Bernard Clavel, un homme pacifiste, se méfiant des élites, proche du peuple et célébrant la terre, génératrice de tant de beauté, malheureusement cette idée altruiste de départ s'effiloche interminablement au fil des pages. Même si le message est magnifique, je me suis lassé de cette littérature sans relief et sans envergure. 

      Très vite on comprend le conflit générationnelle opposant le père et le fils. Le père, en tant qu'ancien combattant, reste fidèle à la politique de Pétain, tandis que le fils admire les français partis à Londres pour unir une résistance digne de l'esprit français. Fâcheusement, cette opposition stagne sans avancée notoire. D'ailleurs, la seule accélération se situe à la fin du roman, enfin les cartes sont rebattues, enfin le récit progresse, mais trop tardivement.

      Je me demande pourquoi Bernard Clavel ignore en grandes parties le parcours d'Arthur, le frère de Noémie, celui qui a choisi le "déshonneur", alors que son histoire personnelle s'annonçait singulière et donc intéressante ? Ce point de vue atypique aurait rendu autrement plus passionnant ce roman en  redynamisant une intrigue qui peine à prendre, puis renonce à prendre de l'envergure.

      Cependant, je reconnais qu'il n'est pas inutile, pour les plus jeunes ou les moins informés, de remettre en lumière cette période douloureuse où des millions d'êtres n'ont pas mérité que tant de malheurs s'abattent sur eux. Paroles d'autant plus universelles et d'actualité en ce monde où seule règne en maître la force et le profit. Néanmoins, comme l'exprime la parabole de l'épilogue du roman, le mal, même chez les personnes les plus respectueuses, n'est-il pas simplement niché en chacun de nous, attendant juste l'occasion de s'exprimer ?

      A noter les belles pages sur l'amitié entre l'homme et le cheval, et le respect pour le labeur de celui-ci. 


11 juin 2026

 Petit aperçu du jardin printanier 2026

 partie 2



Ces iris resplendissent de lumière.



Simplement là, l'opulente glycine.


Fleurs de gazania ou triple soleil de printemps.



Une resplendissante centaurée grenat.



Plus traditionnelle, la bleue, en compagnie de coquelicots fous.



Les mêmes, avec en fond un drap protégeant des pieds de salade et de tomate des rayons assassins d'un soleil caniculaire.



La preuve avec cet arum en souffrance d'une trop forte chaleur.



Habillée de lumière, une cardamine monte vers l'azur.



Pendant ce temps-là, les petits pois produisent, produisent...



... les lupins grimpent, grimpent...



... l'ail décoratif explosent...



... et les fleurs de cosmos irradient.



Wouah !!!

A bientôt.




 " La rose pourpre et le lys "  de Michel Faber   15/20

      Londres, 1875. Dans le quartier de Church Lane, une jeune femme du nom de Sugar y mène une vie de prostituée. Pourtant, sa beauté, sa vivacité d'esprit et son intelligence pourrait lui faire espérer un autre avenir, d'autant qu'elle lit, qu'elle écrit et qu'elle pratique un art singulier de la conversation. Heureusement les hasards de la vie vont la mettre en présence d'un grand héritier richissime, William Rackham, qui va tomber amoureux d'elle, au point de vouloir lui proposer une vie plus douce, faîte uniquement de belles choses. Seulement, William est déjà marié à une grande bourgeoise neurasthénique, Agnès, dont il a encore de profonds sentiments. Dès lors, oubliant l'ambiance des bordels et la médiocrité de la bourgeoisie, Sugar et William ont-ils une chance de voir leur amour triompher des embûches ?

      L'incipit est surprenant : le lecteur est interpellé par l'auteur, puis pris par la main pour nous présenter certains quartier de Londres, puis cette main nous conduit vers tel ou tel personnages ; ce procédé sera repris plusieurs fois.

      S'arc-boutant sur les bases du roman victorien, Michel Faber transforme son histoire en thèmes universelles : les indicibles conditions de vie de la classe populaire, l'arrogance révoltante de la bourgeoisie, les mensonges et les hypocrisies d'un peu tout le monde, le questionnement sur les choix de vie, ce que permet l'argent et ce qu'il ne peut acheter.

      D'après le quatrième de couverture, l'auteur aurait mis 25 ans pour faire aboutir ce roman. Ce n'est pas vraiment surprenant à la vue de la somme de documentations nécessaire à l'élaboration d'un tel monument de plus de 1100 pages pour 1 kilo 600 grammes. Pas de doute, on se croit vraiment dans ce Londres victorien, tout est là, la ville, les odeurs, le bruit, les vêtements, la misère, la richesse ; Dickens n'est pas loin.

      Le point fort de ce roman est le caractère des personnages, chacun cherche le bonheur, mais il est fuyant, instable, inatteignable. La faute au déterminisme social, aux classes de la société toujours immuables (ces fameux plafonds de verre), et à la fluctuations de nos désirs. Pourtant, certains protagonistes œuvrent pour faire bouger les carcans de la société, ils y mettent toutes leurs forces, même si les barrières sont innombrables. Devant la construction aléatoire de ce récit, ses ellipses volontaires et son manque de fin réel, il est peut-être difficile de comprendre où Michel Faber a voulu en venir, ce qu'il cherchait vraiment à exprimer. En effet, je me suis moi-même posé la question avant de saisir que l'auteur souhaitait nous mettre en face de certaines de nos contradictions, de nos errances, de nos désirs cachés.

      Bien sûr, sur une intrigue d'une telle longueur, quelques passages sont fades, sans intérêt, languides, idéaux pour trouver le sommeil. J'avoue avoir lu certaines pages en zig-zag sans jamais perdre le fil conducteur, d'où leur inutilité criante.

      Quant à la plume de l'auteur, elle est souvent alerte, à la recherche d'une bonne expression, constamment prête à choquer le lecteur, malheureusement, sur la distance, elle peine à s'affranchir de toutes les banalités de la vie.

      Au final il reste, en devanture, une belle histoire d'amour entre Sugar et William, néanmoins, les intérêts des deux parties ont largement de quoi artificialiser cet amour, les fondations n'étaient-elles pas tronquées dès le départ ? Car entre l'extrême pauvreté et l'opulente richesse, chaque strate de la société demande un effort considérable pour être franchie ; ainsi, réellement qui peut se prévaloir d'une telle volonté ? L'altruisme se fait rare quand les temps sont dures... et comme toutes les époques sont dégueulasses !?! D'où l'importance de naître dans un milieu social aisé ; on n'a dès lors, plus que des problèmes de riches.


29 mai 2026


 " Le cavalier de la terre promise "  de Joseph Joffo   13/20

      Tout au long du roman, nous suivons le parcours incroyable d'un juif polonais, Andreï Parocki, des années 1890 jusqu'à 1917. Afin de vivre selon sa conscience et devant les brimades que subissent les juifs quand il ne s'agit pas de pogroms, le jeune Andreï décide d'entrer en résistance, et de tout faire pour aider les révolutionnaires russes, pensant que seul un grand changement politique et républicain pourra arrêter les traitements iniques que subit son peuple.

      Joseph Joffo sait dépayser son lectorat, l'emportant dans sa fougue narrative, quadrillant une bonne partie du territoire russe de l'époque pour s'achever en Palestine. Malheureusement, chaque étape est à peine effleurée, on est pris d'étourdissement tant le rythme est élevé. Pour une telle odyssée géographique, politique et psychologique, devant l'importance des sujets traités, il aurait fallu dilater le récit, le rendre plus ample, plus généreux. Là, on ressent trop le cochage des cases les unes après les autres : le viol, l'abus de pouvoir, l'éducation, le rebelle, le bagnard, l'évasion, etc ; sans oublier les étapes politiques : le dimanche rouge, le pope Gapone, la révolte du Potemkine, l'assassinat de Stolypine, etc. Je comprend bien que pour un néophyte, tout cela est très instructif, néanmoins, il manque un enrobage plus disert, plus explicatif : des empires sont en train de s'effondrer, des idées nouvelles jaillissent, et ce discours trop simpliste me dérange.

      Malgré tout, une piqure de rappel n'est pas inutile pour les plus jeunes, replaçant le peuple juif au cœur du récit. L'intention est louable, cependant une dilatation substantielle de l'histoire aurait plus transformer ce roman basique en une oeuvre remarquable.

      A noter, le parcours initiatique du protagoniste principal, Andreï Parocki, cherchant sans relâche à donner un sens profond à sa vie, une vraie dignité, un exemple pour nous autres, un homme de bien, qui va au bout de ses idées, un esprit universel qui montre le chemin, loin de tous ces démagogues qui ne pensent qu'à eux, avant de penser à l'humanité.

      Pour tous ceux qui aiment les fabuleuses chevauchées, les vies aventureuses, l'amour de son prochain, ce livre est pour vous, mais pour ceux qui aiment mettre les mains dans la matière, ce roman ne fait qu'érafler les questions que le récit soulève. Dommage.


22 mai 2026


 " Grand Maître "  de Jim Harrison   9/20

     Sur le point de prendre sa retraite après une longue carrière dans la police du Michigan, l'inspecteur Sunderson, récemment divorcé, enquête sur une secte hédoniste dont le gourou se nomme Grand Maître, rien que cela !?! Est-il un simple hurluberlu où un redoutable pédophile ? Pour mener à bien ses recherches, Sunderson se fait aider par Mona, une jeune fille de 16 ans, exhibitionniste et provocatrice, qui trouve auprès de l'inspecteur un père de substitution.

      Ce roman tragi-érotico-comique nous plonge dans un univers malsain, à l'instar de notre société désespérante de déréliction. Quelques pointes d'humour essaient ici ou là de nous soulager d'une chappe de plomb accablante et démoralisante. De surcroît, d'innombrables divagations, opérées par de nombreux flashbacks, viennent à la fois nous distraire mais casse incessamment le récit.

      Il est difficile de se passionner pour une histoire qui fuit de partout, qui n'a rien de linéaire et dont l'enquête piétine tout du long d'un roman trop bavard. En vérité, il s'agit d'un faux roman policier, l'enquête n'a que peu d'intérêt, elle ne sert qu'à faire le portrait d'un flic en bout de course qui voit sa vie personnelle partir en eau de boudin, comme tant d'autres. Son dur métier lui a coûté son mariage ; en même temps, il ne s'est jamais investi dans les centres d'intérêts de sa femme. Une multitudes de raisons pour se réfugier dans l'alcool, comme tant d'autres. Un énième roman sur le désenchantement et qui n'apporte pas grand chose de plus, comme tant d'autres . En vérité, je me suis franchement ennuyé ; j'ai bien vu que pour titiller notre regard Jim Harrison glisse par-ci par-là quelques touches d'érotisme au final bien mièvres ou navrantes. Puis, il nous esquisse le portrait de deux grands méchants pour n'en rien faire. Les seules parties qui nous font plaisir sont celles qui se référent à la nature, cette nature sauvage et indomptée qui reste encore saine, encore que, face à la misère de la nature humaine.

      Même si beaucoup de lecteurs sont dithyrambiques sur Jim Harrison, j'avoue une singulière sidération et un étonnement certain face à la banalité de ce roman. Lire l'histoire d'un vieux policier divorcé, alcoolique et lubrique, se remémorant constamment son passé, très peu pour moi. Pourtant, je croyais avoir affaire à un "Grand Maître" de la littérature !?! A moins que son célébrissime Dalva me fasse changer d'avis ? J'aurais peut-être dû débuter par celui-ci.


13 mai 2026

 " Je pleure encore la beauté du monde "  de Charlotte McConaghy   15/20

      La biologiste Inti Flynn est responsable d'un programme de réintroduction du loup dans les Highlands écossais, où leur présence permettrait la restauration d'un écosystème en déréliction. Naturellement, la jeune femme est confrontée à l'hostilité des locaux, craignant pour leur bétail. Outre l'adversité des autochtones, Inti Flynn soufre d'une maladie rare appelée synesthésie visuo-tactile, son cerveau commande à son corps de ressentir les sensations dont elle est témoin ; en gros si elle voit quelqu'un ou même un animal souffrir, elle ressent également cette souffrance, telle une empathie absolue.

      Ne surtout pas lire le quatrième de couverture, une fois de plus trop bavard. Certes, on veut attirer le chaland, néanmoins le levier surprise ne fonctionne plus, bêtement.

      Un bon point pour le titre, à lui tout seul il résume le roman et il titille notre envie d'en savoir plus. Sans oublier le dessin en couverture où quatre loups hurlent à la lune, comme une réclamation du droit d'exister sur cette terre asphyxiée par la main humaine.

      Avec ce roman digne d'être édité chez Gallmeister, Charlotte McConaghy explore les ténèbres de l'âme humaine et les beautés incroyables de la nature atrocement abîmée pour ne pas dire plus. D'ailleurs, il faut reconnaître un beau talent à la plume de l'autrice pour décrire les mondes animal et végétal.

      Au départ, le mot violence s'articule autour des meutes de loups, cependant, au fil des mots, une autre, plus redoutable se fait jour, celle de la violence aux femmes. Peu à peu elle devient omniprésente, jusqu'à en devenir étouffante, car chaque protagoniste en a souffert et en souffre encore. Le personnage de Aggie, la sœur jumelle d'Inti, est là pour pointer du doigt cette affliction qui la traumatise toujours, au point de rester cloîtrée jour et nuit. Constat alarmant, même si on le sait maintenant, c'est toujours bien dire une fois de plus la vérité des choses : la vraie violence, celle qui est monstrueuse, ne vient surtout pas du monde animal, mais des hommes (pas tous heureusement) qui ne cherche pas seulement à dominer la nature, mais à soumettre les femmes sous une masculinité autoritaire et abjecte.

      Petit bémol : les psychologies de certains protagonistes, notamment de Gus, est un peu légère, il y a des manques de crédibilité ici ou là, certains passages m'ont paru brouillon, peut-être trop de sujets abordés pour les traiter en profondeur.  

      A noter l'une des scènes finales dans une forêt enneigée entre une parturiente et une meute de loup, telle une ode à la nature ou une célébration éternelle de la vie ; cette scène, à elle seule vaut la lecture du roman. Il y a longtemps que je n'avais pas été ému par une scène romanesque... hum, en vérité depuis certains romans de Jack London, autre célébrateur des espaces naturels.

      A la fois thriller écologique et polar écoféministe, ce roman séduit par sa langue, par les sujets abordés et par la beauté incomparable de nos espaces vierges de traces humaines.


28 avr. 2026


 " L'autre moitié du monde "  de Laurence Roux 10/20

      En Catalogne, dans les années 1930, des paysans et des pêcheurs s'éreintent à contenter une famille de bourgeois locaux, régnant, du haut de leur château et de leur arrogance, d'une main de fer sur le delta de l'Ebre où la culture du riz se fait à grande échelle. Parmi ses miséreux, corvéables à merci, grandit Toya, une jeune sauvageonne qui connaît la région comme sa poche. Dans beaucoup de provinces espagnoles, la colère gronde, le peuple visant une indépendance sociale et libertaire.

      A travers de l'émancipation d'une adolescente, Laurence Roux nous conte la naissance d'un espoir fou, d'une dignité recherchée, vite douchée de la manière la plus féroce. En effet, bien que l'Espagne soit républicaine, la société est loin d'être égalitaire. Le peuple, considéré comme un tas de mécréants, est toujours exploité par les notables avec l'aval et le soutien de la religion catholique, leur union ne voit l'avenir que dans l'ordre, l'obéissance et la discipline. Dès lors, sous le poids colossal des haines accumulées, des rebellions sont inévitables avec tous les excès que cela engendre. Le caractère opposé des personnages insoumis nous font comprendre les dissensions régnant au sein du groupe, chacun ayant sa vision d'un futur plus humain, d'une société plus juste. L'utopie est séduisante, aussi belle que dangereuse.

      La plume de Laurence Roux marque le récit d'une touche de poésie, elle se fraye un chemin hors des sentiers battus, cette singularité est plaisante. 

      Néanmoins, je suis perplexe, le fond manque cruellement de forme, il est succinct, caricatural et manichéen, il y avait amplement la place pour développer la psychologie des protagonistes représentant les gens aisés ; d'eux on ne sait rien, juste qu'ils sont égoïstes, cupides et méchants. Le curé n'existe quasiment pas, juste quelques phrases perdues ici ou là. Un roman historique autour de la guerre d'Espagne aurait mérité un traitement plus ambitieux, un développement plus conséquent, une personnalisation plus généreuse. Trop de trous laissés dans le récit, trop de facilités narratives empêchent l'empathie que l'histoire mérite. De surcroît, j'ai dû lire trop de récits où les fils des seigneurs, de dirigeants locaux étaient de fieffés salauds, violeurs et assassins sadiques, sans le moindre développement psychologique pour être enflammé par cette version supplémentaire.


13 avr. 2026

 " Rosa candida "  de  Audur Ava Olafsdottir   8/20

      Je n'ai jamais lu un roman qui dégouline autant de bons sentiments, telle une pâtisserie décorée outrancièrement de chantilly, jusqu'à l'écœurement. On se croirait au pays des bisounours, tout le monde est d'une bienveillance, d'une courtoisie improbable. Exemples : le protagoniste principal, Arnljotur, dîne de façon pantagruélique dans un restaurant gastronomique perdu en pleine forêt et l'addition est offerte par la maison ; puis il passe la nuit et prend un opulent petit-déjeuner dans ce même hôtel restaurant pour le même prix ; Arnljotur fait par inadvertance un enfant à une fille inconnue de passage, et celle-ci n'y trouve rien à redire ; évidemment le bébé du couple est un ange de sagesse, pas une colère, pas de mauvaise humeur, de surcroît, à 8 mois, le bébé parle déjà quelques mots de français et de latin ; et je ne parle pas des miracles. Oh, que la vie est belle ! Ce livre s'identifie admirablement à son titre : rose et candide.

      Autour des protagonistes, il plane une atmosphère étrange, parfois surréaliste à la limite du conte merveilleux. Un monde où presque tout est en harmonie et flotte dans un univers à la fois innocent, cocasse et tendre. Je dis presque car la seule ombre noire au tableau est la férocité d'un destin qui peut vous arracher du jour au lendemain une mère, celle de Arnljotur... évidemment parfaite. Ainsi, de chapitre en chapitrecoule un paisible fleuve de miel et de chocolat, j'ai d'ailleurs remarqué, une fois le roman terminé, avoir le bout des doigts qui colle un peu, tant cette sucrerie littéraire transpire de partout. 

      Alors de deux choses l'une, soit on prend un plaisir fou à lire une histoire où tout est amour et guimauve, soit on s'ennuie ferme en attendant qu'un évènement ait lieu, venant salir ou déchirer ce tableau immaculé. Personnellement, je fais partie de la deuxième catégorie, néanmoins j'avoue avoir été touché par certaines scènes, tout simplement émouvantes. Mais pour cela il m'a fallu braver un océan désespérément plat.

      Quant à la plume de la romancière islandaise, elle est à l'image du récit : tout en douceur, rassérénante, sans déplaisir, mais sans transcendance non plus.

      Bref, cette histoire boiteuse par son récit non crédible et sa optimisme indécent, séduira ceux qui sont en recherche d'harmonie en ce monde déchiré, cependant ceux qui aiment le relief, la dramaturgie, la vraie vie quoi, auront du mal à venir à bout de ces 330 pages.

      Où alors... oui, peut-être me suis-je entièrement fourvoyé, peut-être suis-je passé à côté de la compréhension profonde du texte. Je n'ai pas vu un réel qui s'effrite avant de s'illusionner. Finalement, ce roman est métaphysique, d'ailleurs les pays sont fantômes, comme les frontières ou les villes et les villages. Nous sommes dans un voyage paranormal, un conte qui emprunte au folklore islandais, celle d'une quête intime d'un jeune homme qui cherche à appréhender son histoire et à dompter ses traumas. Alors, autant se perdre dans ce labyrinthe et suivre l'imagination vogueuse de Audur Ava Olafsdottir. A vous de me le dire.


6 avr. 2026


 " Le vagabond des étoiles "  de Jack London   14/20

      Il y a des romans qui déconcertent, celui-ci en fait indiscutablement partie, par sa construction déstructurée et par son ampleur intellectuelle et philosophique. On peut le comprendre aisément en sachant qu'il s'agit du dernier roman de Jack London. Voyant, par l'usure d'un corps qu'il a toujours poussé à bout, sa fin de vie proche, Jack London veut écrire une apothéose de son parcours littéraire, une œuvre testamentaire, une oeuvre-monde au travers de laquelle il se penche sur l'histoire de l'humanité, allant jusqu'à affirmer la puissance de l'esprit par rapport à celle de notre corps.

      Le pitch en est on ne peut plus simple : un condamné à mort attend sa dernière heure derrière les barreaux, afin d'occuper ses derniers mois de détention, il s'évade par la force de la pensée en revivant... rien de moins que... ses vies antérieures.

      Impossible de passer à côté du message omniprésent du roman : le système pénitentiaire américain avec ses innombrables injustices et ses effroyables violences physiques, psychologiques, verbales, néanmoins toujours gratuites. Les conditions carcérales y sont telles (l'affreux supplice de la camisole), qu'elles ponctuent le roman de la première à la dernière page. Ce brûlot anticarcéral est le tout dernier acte du militant socialiste qu'est Jack London. Par la pertinence de cette dénonciation contre la peine de mort, j'y ai vu de nombreux liens avec la pensée de Victor Hugo. Deux hommes fortement impliqués dans l'horreur des exécutions de la peine capitale ; d'autant que ces deux sociétés, la française comme l'américaine, sont basées sur un catholicisme déclarant "Tu ne tueras point", gros paradoxe !

      Outre ces abominations au combien illégitimes, Jack London emmène son récit dans le domaine de la métempsychose, c'est à dire l'idée que l'on ne meurt jamais vraiment, et que depuis la nuit des temps, à la mort de chaque individu l'esprit change de corps, dans l'idée de la réincarnation perpétuelle. Ainsi, par le truchement de l'esprit, nous suivons le prisonnier dans ses vies antérieures, ainsi nous rencontrons un gamin dans une caravane de pionniers se dirigeant vers la Californie, un légionnaire romain (ancien Viking) dans la Palestine de Jésus, un bourgeois parisien sous Louis XIII, un européen époux d'une princesse coréenne, un naufragé sur une déserte île faîte de pierres, etc. A chaque fois, le voyageur du temps est le témoin de l'injustice de nos destinées toujours vécues sous le joug de la folie des hommes. Comme-ci l'Homme était condamné à n'être jamais en paix, toujours incité au mal depuis la nuit des temps par d'inexpugnables démons intérieurs. Telle une malédiction infernale et éternelle.

      Ces différentes histoires sont plus ou moins captivantes, mais toutes font du héros un homme blanc, civilisé, intelligent et forcément beau, ayant naturellement les femmes à ses pieds !?! A l'image de Jack London ? De surcroît, au hasard des vagabondages en zigzags dans le passé il se donne le beau rôle dans des périodes très anciennes, où le cheval n'est pas encore domestiqué, où le riz n'est pas encore cultivé, etc. Comme s'il était à l'origine de beaucoup des inventions qui améliorèrent la vie de l'humanité. 

      Outre le peu de considérations que Jack London accorde à la partie féminine de nos sociétés (peut-être dû à une vision de la société de l'époque), Jack London, par ses voyages, s'est ouvert des horizons à l'échelle du globe, alors pourquoi aucune réincarnation en un être non blanc, non européen et surtout non femme ?

      Ce roman testament se veut une concrétisation symbolistique des forces de l'esprit, il passe continuellement du réalisme au fantastique, l'univers étroit du prisonnier est ensemencé d'évènements baroques, tout s'entrelace dans un réquisitoire pragmatique. Il s'affiche comme un voyage original dans un monde régit par toute forme de pouvoir, un voyage entre bruit et fureur, un voyage comme un plaidoyer pour une humanité plus humaine, plus juste et plus égalitaire. Bon voyage !


4 avr. 2026

 Petit aperçu du jardin printanier 2026

Partie 1



Le premier à fleurir, dès la fin de l'hiver, mon vieux camélia.



En deuxième position, les jonquilles explosent de jaune dans la verdure...



...ou explosent en plein ciel.



Quant à l'azalée, elle finit sur la troisième marche du podium.



Côté potager, les petits pois sont déjà en pleine ascension vers l'azur.



 Dans la serre, les pommes de terre primeurs prennent leurs aises.



Et mes laitues, "Gotte jaune d'or", grossissent en quinconce.




Depuis des années, je n'ai de mon pêcher que des fleurs... à moins que cette fois-ci, une ou deux pêches soient au rendez-vous, qui sait ?



Comment se lasser de ce graphisme époustouflant ? (Rosée sur feuilles de lupin).



Au pied d'un arbre, les anémones des bois se gorgent de soleil avant que les feuilles ne leur fassent de l'ombre.



Quand les nuances de bleus s'ocellent de coton.



On se quitte avec une Dicentra Spectabilis, plus connue sous le nom de Fleurs de Marie. J'y tenais particulièrement à cœur.