26 août 2026


 " Les Dames du Lac "  de Marion Zimmer Bradley

      Il faut avouer que ce récit, le premier d'une série de sept, traitant de la célèbre légende du Roi Arthur et des chevaliers de la table ronde, est d'une honorable d'envergure. Même si les figures mythiques et masculines, telles que Lancelot du Lac ou Merlin L'enchanteur, sont bien présentes, dans cette version, ce sont les femmes qui monopolisent les premiers rôles : Viviane, la Dame du Lac ; Ygerne, la mère d'Arthur et son épouse Guenièvre ; la Fée Morgane, etc.

      Devant l'ampleur de cette fresque, j'ai été sidéré par la masse de travail qu'elle a dû demander à Marion Zimmer Bradley. J'ai aussitôt songé à Maurice Druon et son oeuvre : Les Rois Maudits, et inévitablement à George R.R. Martin et son ouvrage à ce jour inachevé : Le trône de fer. Toutes ses sagas, inventées ou historiques, mélangent à peu de choses près les mêmes ingrédients : l'accession au trône, la lutte pour rester au pouvoir, les intrigues de palais, les batailles, les trahisons et les amours contrariés. Toutefois, cette épopée ensorcelante, expose un affrontement, pour l'instant à fleuret moucheté, entre deux religions difficilement conciliables : celle druides avec leurs croyances ancestrales et la montée en puissance de la religion chrétienne, cherchant à faite fi des rites qu'elles considèrent comme païens, relevant d'un passé caduque. Ainsi, certains personnages sont écartelés entre deux mondes, origines de bien des tensions ; problème ô combien actuel, toujours irrésolu à ce jour.

      Avec un lyrisme singulier, Marion Zimmer Bradley nous décrit un monde qui agonise, qui argumente pour préserver ses traditions séculaires, néanmoins, devant l'arrogance et les certitudes de l'autorité chrétienne, son avenir est sombre.

      Naturellement, avec ce point de vue de départ, chaque personnages féminins existent réellement, sentimentalement comme psychologiquement. Elles luttent, elles tentent d'influencer pour faire entendre leurs maigres paroles dans ce monde débordant de virilité, avec ses grosses voix et ses grandes épées. Cependant, là est la limite de l'exercice, car à trop jouer sur le tableau féminin, il reste peu de place pour les hommes, difficile d'éprouver de l'empathie pour des protagonistes qui jouent en seconde division. J'imagine que Marion Zimmer Bradley a voulu redresser la barre un peu trop fortement, écartant allégrement tout homme, mais aussi les combats des armées chrétiennes censées repousser les barbares saxons, dont on n'aura droit à aucune description, ni des batailles, ni des saxons.

      Ainsi, ce premier tome parle essentiellement des complexités des relations, d'amour, des mariages, des enfants et des religions ou croyances. Il oeuvre également à passer un message de paix, mais qui est prêt à l'entendre ? Peut-être qu'ensuite la palette s'élargit, le futur le dira ou pas ?

      La plume de Marion Zimmer Bradley est agréable, ses descriptions sont immersives et ses dialogues sont d'un excellent niveau. Juste à regretter quelques répétitions qui font stagner une action trop absente, rendant parfois la lecture un rien brin ennuyeuse.

      Bref, ce premier opus, plutôt bien écrit, met en exergue des considérations toujours d'actualités, après tout, c'est ce que l'on demande à une oeuvre, qu'elle soit universelle. 

      

16 août 2026


" Les insurrections singulières "  de Jeanne Benameur   8/20

      Agé d'une quarantaine d'années, Antoine est un homme qui cherche toujours sa place dans le monde, comme parmi les siens. Entre les abysses d'une rupture amoureuse et la déficience du militantisme syndical face à une vorace mondialisation, Antoine est au fond du trou. Il devra se faire violence et oser un voyage initiatique pour essayer de donner un sens à sa vie. 

      Il s'agit du premier livre de cette auteure réputée que je lis d'elle. Je n'ai peut-être pas débuté par celui qu'il fallait, car franchement, je me suis royalement ennuyé !?! Que le temps m'a semblé long pour un si petit livre !?! Néanmoins, le quatrième de couverture m'avait captivé, alors pourquoi cette déception ?

      Dés les premières pages, j'ai eu une référence en tête, un magnifique roman de Gérard Mordillat : Les vivants et les morts. Là aussi une usine ferme, délocalise, et les protagonistes réagissent chacun à leur manière. De mémoire, ce roman là m'avait emballé, pour ne pas dire enthousiasmé, l'empathie fonctionnait généreusement, tandis que celui-ci m'a frustré. En effet, j'aurais voulu connaître cette Karima, alors qu'elle est juste évoquée. J'aurais aimé en savoir plus sur le frère d'Antoine, pourquoi s'est-il si facilement inséré dans le moule de la vie ? Et Thaïs aurait mérité plus de développement. Et que dire de ce hasard si improbable : à peine met-il les pieds au Brésil, qu'Antoine tombe directement sur Thaïs, comme s'il suffisait de traverser un océan pour tomber aussitôt amoureux. Cependant, je respecte les choix de Jeanne Benameur, et devant les avis laudatifs de son lectorat, je suis sûrement dans l'erreur. Je dois tenter l'expérience sur un deuxième roman pour me forger un meilleur avis. Un titre à me conseiller ?

      A noter le seul passage qui m'a enchanté, celui où Marcel lit des passages de livres sur la tombe de sa femme. Ah, si tout avait été de cette stature !


13 août 2026

" Un amour à Saanbad "  de Roland Brival   16/20

      Personnage nébuleux, dont nous ne serons jamais le nom, le narrateur est un écrivain en panne criant d'inspiration, contrairement à ce qu'il proclame à son éditrice, comme tant d'autres. Il vit depuis quelques mois avec Mary, une journaliste de guerre divorcée et son fils Thomas, un jeune homme de 17 ans. Entre les deux mâles plane souvent une incompréhension générationnelle. Le jour où Mary part en reportage dans un pays non cité, mais on reconnaît aisément l'Irak, et qu'elle tarde à donner des nouvelles, la vie des deux hommes va basculer dans une singulière guerre de tranchée. 

      Avec ce texte sombre, Roland Brival nous dépeint un monde en conflit permanent. Guerre au sens premier du terme, guerre dans le couple, guerre relationnelle et guerre dans la vocation d'écrivain. Le monde se résume à un champ de bataille perpétuelle.

      Au fil du roman, le personnage central, comprend au travers des échos du théâtre de guerre que Mary risque de ne pas en revenir. Cette absence prolongée bouleversera les deux hommes, les renvoyant aux sources de leur propre identité. 

      Tous les êtres ont des déchirures. Certes, plus ou moins profondes, plus ou moins sensibles, néanmoins tous ont touché la bosse d'un traumatisme du doigt. La faute à une humanité peuplée de loups, tous plus voraces les uns que les autres. Dès lors, comment faire pour simplement vivre ? Le désespoir de chacun nous porte à chercher une échappatoire facile, souvent l'alcool, la drogue, le tabac ou la violence, voire les quatre à la fois, histoire de supporter cette mortifère condition humaine. Ce récit est-il d'une rare lucidité ou d'un pessimisme absolu ? Les deux sûrement. En tout cas, bon courage aux futur(e)s lecteurs ou lectrices, il y a bien longtemps que je n'avais pas lu un texte aussi noir.


3 août 2026

 " Le sphinx des glaces"  de Jules Verne   15/20

      Etant un fervent admirateur d'Edgar Alan Poe, Jules Verne prend pour point de départ l'un de ses plus étranges romans : Les Aventures d'Arthur Gordon Pym de Nantucket, publié en 1838 et dont Charles Baudelaire fit la traduction en 1858. Profitant de tous les éléments qu'Edgar Poe a volontairement laissé baigner dans l'ombre, et du mystère qui plane autour de ses protagonistes, Jules Verne décide de bâtir son intrigue autour du fait que l'histoire de Poe, que tout le monde prend pour une fiction, soit en vérité une réalité. Dès lors, les personnages de Verne vont s'élancer, au travers des mers du sud et du cercle polaire antarctique, dans une recherche effrénée de Gordon Pym et de William Guy. Celui-ci étant le frère du capitaine Len Guy, personnage vernien partant, à bord de sa goélette l'Halbrane, en quête de ce frère disparu. Il sera aidé dans cette enquête océane par celui qui nous raconte l'épopée : Jeorling, un riche américain originaire du Connecticut et passionné de géologie et de minéralogie. Il sera un témoin érudit, dont la culture instruira le lecteur sur les divers essais de la conquête du pôle Sud, de surcroît, son incrédulité servira opportunément les premiers chapitres du roman ; que je n'oublie pas le métis Dick Peters, un maître cordier de son état, homme costaud vivant constamment à l'écart des autres membres de l'équipage, de ce bougre sourd une intériorité secrète, certainement le protagoniste le plus intrigant ; puis le lieutenant Jem West, un marin endurci qui en impose plus que le capitaine Len Guy, trop souvent perdu dans ses réflexions ; et enfin le bosseman Hurliguerly, il apporte une note de détente estimable dans ce récit sombre et accablant.

      Contrairement aux autres romans verniens, celui-ci, bien qu'il soit un roman d'aventures, ne tourne pas spécialement autour de l'exploration mais de l'enquête et de la recherche sous condition extrême. Les thèmes abordées sont le désespoir et de l'amour absolu, de celui qui orientent une vie définitivement, le faux semblant ou du double caché, la rébellion avec l'affrontement à l'autorité, et le thème de l'individualisme, celui qui préfère condamner un groupe d'hommes pour en privilégier un autre.

      J'ai été choqué par la façon discriminatoire avec laquelle Jules Verne parle du maître-coq du bord, Endicott, qualifié de nègre, de moricaud, quand ce n'est pas pire. Naturellement, cela reflète l'état d'esprit et le vocabulaire d'une époque, une vision tronquée de l'humanité due aux colonies et à l'idée indécrottable de la supériorité de l'homme blanc par rapport aux autres peuples. Dans la même veine, les manchots et les pingouins sont qualifiés d'idiots !?! Erreur indigne d'un tel écrivain. D'autant qu'il mélange les pingouins et les manchots, les premiers vivants dans l'hémisphère Nord et les seconds au  Sud.

      De tous les mystérieux éléments fantaisistes du roman de Poe, comme l'incroyable île Tsalal aux allures de paradis et aux habitants d'une sauvagerie rare, ou le géant blanc, ou le destin  de Gordon Pym, Verne en disposera avec habilité et subtilité, sachant les exploiter pour créer un récit reliant tous les points restés ténébreux dans le roman de Poe, il rendra l'inadmissible vraisemblable. Néanmoins, à l'instar du livre de Poe, certaines incohérences ou des hasards trop bénéfiques viennent ponctuer l'oeuvre vernienne. Ce qui en fait au final, le roman le plus énigmatique, le plus improbable et le plus incroyable (au sens premier) des oeuvres de Verne.

      L'étrangeté des deux romans, leurs côtés obscurs, la vision accablante de la vie avec ses désillusions, bref la noirceur de l'ensemble me questionne. Peut-être faut-il y lire des allégories a priori bien énigmatiques ? Dans les commentaires les hypothèses s'avancent ici ou là, cependant, malgré ces tentatives d'éclaircissements, il plane toujours pour moi, un brouillard bien lugubre sur ces deux oeuvres.


21 juil. 2026

 " Miroir de nos peines "   de Pierre Lemaître   14/20

      Avril 1940. Louise, 30 ans, court nue sur le boulevard du Montparnasse. Afin d'appréhender le traumatisme dont elle vient d'être victime, Louise devra mener une enquête qui lui fera reconsidérer son passé. En même temps, la France tout entière est saisie par la panique : les forces armées allemandes déferlent sur le pays avec une rapidité folle, semant le chaos partout. Là, dans ces conditions dantesques, émergera la vraie personnalité des gens. Je ne veux surtout pas en dire plus, beaucoup de critiques divulgâchent sans vergogne.

      Avec cette suite d'Au revoir là-haut et des Couleurs de l'incendie, Pierre Lemaître nous emporte dans l'une des périodes la plus critique pour la France : la débâcle de mai 1940, moments historique où les routes étaient bondées de gens fuyant l'avancée allemande. Le cadre est posé, maintenant le caractère de ses protagonistes n'a plus qu'à se révéler, mais parfois la barrière est fine entre les héros et les salauds, entre les menteurs et les honnêtes gens et entre les courageux et les lâches. En effet, sans que l'on sache vraiment pourquoi, l'esprit de certains optent, à peine le temps de la réflexion, pour une folie altruiste ou pour un repli individualiste. L'homme est si imprévisible et tant de force contraire l'agite.

      Parmi les divers personnages du roman, l'un, m'a particulièrement intrigué, passionné et amusé, il s'agit de Désiré. Un menteur professionnel capable de faire croire à n'importe qui qu'il est l'homme de la situation. En particulier quand il enfile les habits de prêtre, il possède une telle faconde, un tel enthousiasme, qu'il se met tout le monde dans la poche. J'imagine, derrière sa plume Pierre Lemaître s'amuser à écrire les diatribes de notre Père Désiré, c'est jouissif. D'ailleurs, à lui seul, ce personnage solaire mériterait un roman. 

      Pierre Lemaître travaille en historien, il se documente énormément sur les différentes périodes historiques de ses romans afin d'en saisir la substantifique moelle avec le plus de véracité possible. Comme un rappel historique pour les plus jeunes lecteurs ou ceux qui ont oubliés, ou ceux qui ne s'y sont jamais intéressés.

      Au travers de ce récit, des thèmes contemporains sont abordés : les discours de propagande, le problème des réfugiés, le concept de désobéissance, l'idée fallacieuse de supériorité, etc.

      Malheureusement, on devine un peu trop que tout ce beau monde, éparpillé sur les routes de France, va finir par se retrouver. Certaines coïncidences manquent de crédibilité. Des destins se croisent de manière improbable, néanmoins, sans être un chef-d'oeuvre, ce roman, par son récit haletant vous fera passer un agréable moment de détente.


10 juil. 2026

 Petit aperçu du jardin estival 2026

 partie 1



La bourrache prend son essor sous un ciel caniculaire, ses jours sont comptés.



Cette année, nous en sommes déjà, en ce début juillet, à la troisième canicule. Le jardin souffre énormément. De ma vie de modeste jardinier, je n'ai jamais vu cela.



Bombardées par les rayons assassins, les salades meurent...



... ou montent en graines de façon spectaculaire.



L'arrosage n'y fait rien, la mort végétale rôde.



Je suis obligé de mettre des protections solaires partout, si je veux garder quelques légumes non brûlés.



Ainsi, le potager devient beaucoup moins sexy !
On dirait presque une décharge !



Pas bien folichon cette suite de cageots protecteurs.



Partout j'érige des palissades.



Avec un parterre d'hortensias, cela paraît plus jolie.



Sous ma tente, salades et haricots essayent de mener une vie normale de légume.



Obligé d'installer ma nurserie à l'ombre de mon châtaignier.



Même serre se couvre de draps et de couvertures afin de faire descendre la température. Grâce à ce procédé peu esthétique, je perds 20°. Efficace !



Seul, le dipladénia se pavane en plein soleil...



... ainsi que les hydrangéas...



... et quelques fleurs hibiscus.



Œillets d'Inde et Cosmos essaient de faire bonne figure.



Profitant de la fraîcheur toute relative du matin, un pied de courge de Nice tente une extension verticale.



Seul légume à produire malgré tout, les pieds de courgette.



Venue de je ne sais où, une chenille de machaon se faufile sur une branche de Rue (plante aux feuilles originales).



Dans un coin élevé du jardin, mon épouvantail se rit de tous mes désappointements.



On se quitte avec la plante qui ressemble le plus à notre terrible astre solaire.

A bientôt, si je ne suis pas cuit !



24 juin 2026

 " François 1er et la renaissance " de Gonzague Saint Bris   18/20

      Quoi de mieux que de réviser son histoire de France avec un tel exalté, un tel fou d'histoires ? En effet, la faconde généreuse de Gonzague Saint Bris nous prend par la main et nous fait revivre le règne de François 1er avec un enthousiasme atypique, peut-être un peu trop, je crois que l'on frôle parfois l'hagiographie. Néanmoins, une chose est sûre, il est au nombre des Rois qui ont laissé une trace indélébile dans la longue histoire de notre pays.

      En suivant l'ordre chronologique, on revit chaque étape de François 1er, depuis sa naissance en 1494 à Cognac, puis sa nomination qui doit beaucoup au hasard au titre royal jusqu'à sa mort en 1547 au château de Rambouillet. De grands personnages historiques viennent ponctuer les pérégrinations de sa vie, tels : Henri VIII, Charles Quint, Léonard de Vinci, La Palisse, Jacques Cartier, le chevalier Bayard, etc. Un vrai régal de les retrouver sous une plume alerte et insatiable. Gonzague Saint Bris est gourmand de hauts faits ou de simples anecdotes qu'elles soient familiales, artistiques ou militaires.

      Guerrier, artiste, amoureux ou poète, François 1er est un roi populaire, au-delà de la bataille de Marignan ou du château de Chambord, on lui doit de nombreux actes politiques importants, de l'édit de Villers-Cotterêts (les documents officiels seront dorénavant rédigés en français) jusqu'à la création de la loterie nationale.

      Grâce à des apartés en fin de chapitre, ce livre est une mine de renseignements sur la période de la renaissance dans le monde, notamment celle des découvertes et de l'arrivée de certaines plantes en Europe, telles la tomate, la prune ou le thuya.

      A n'en pas douter, François 1er fut un grand Roi, il souhaitait contribuer à la grandeur de la France par d'autre moyen que la guerre. Ainsi, encore bouleversé par ce qu'il avait vu en Italie pendant sa période Renaissance, il amena l'art, qu'il soit pictural, littéraire ou architectural, au cœur son pays. 

      Par sa personnalité fantasque, Gonzague Saint Bris apporte un charme prodigieux et une verve intarissable à cette biographie. Nul doute, il fait partie de ceux qui savent raconter des histoires et captiver son auditoire.

      Un seul regret, habitant près du Havre, je ne m'explique pas pourquoi l'auteur a passé sous silence cette volonté de la part de François 1er, d'y créer un port digne de ce nom ?


18 juin 2026


 " Les grands malheurs "  de Bernard Clavel   10/20

      Eugène Roissard, vigneron épris de sa terre jurassienne, des siens et de sa patrie, est revenu mutilé et meurtri des tranchées de la Grande Guerre. Depuis, malgré un corps diminué, il s'occupe à nouveau de son vignoble avec sa femme Noémie, dont le frère, lors de cette même guerre de 14, s'est rendu aux allemands. Après les hostilités il est resté en Allemagne et y a fondé une famille. Chez les Roissard, on n'évoque jamais cette honte, même si Xavier, le fils, rêve de connaître son cousin allemand.

      Derrière ce long texte trop bavard, on devine aisément les intentions toutes légitimes de Bernard Clavel, un homme pacifiste, se méfiant des élites, proche du peuple et célébrant la terre, génératrice de tant de beauté, malheureusement cette idée altruiste de départ s'effiloche interminablement au fil des pages. Même si le message est magnifique, je me suis lassé de cette littérature sans relief et sans envergure. 

      Très vite on comprend le conflit générationnelle opposant le père et le fils. Le père, en tant qu'ancien combattant, reste fidèle à la politique de Pétain, tandis que le fils admire les français partis à Londres pour unir une résistance digne de l'esprit français. Fâcheusement, cette opposition stagne sans avancée notoire. D'ailleurs, la seule accélération se situe à la fin du roman, enfin les cartes sont rebattues, enfin le récit progresse, mais trop tardivement.

      Je me demande pourquoi Bernard Clavel ignore en grandes parties le parcours d'Arthur, le frère de Noémie, celui qui a choisi le "déshonneur", alors que son histoire personnelle s'annonçait singulière et donc intéressante ? Ce point de vue atypique aurait rendu autrement plus passionnant ce roman en  redynamisant une intrigue qui peine à prendre, puis renonce à prendre de l'envergure.

      Cependant, je reconnais qu'il n'est pas inutile, pour les plus jeunes ou les moins informés, de remettre en lumière cette période douloureuse où des millions d'êtres n'ont pas mérité que tant de malheurs s'abattent sur eux. Paroles d'autant plus universelles et d'actualité en ce monde où seule règne en maître la force et le profit. Néanmoins, comme l'exprime la parabole de l'épilogue du roman, le mal, même chez les personnes les plus respectueuses, n'est-il pas simplement niché en chacun de nous, attendant juste l'occasion de s'exprimer ?

      A noter les belles pages sur l'amitié entre l'homme et le cheval, et le respect pour le labeur de celui-ci. 


11 juin 2026

 Petit aperçu du jardin printanier 2026

 partie 2



Ces iris resplendissent de lumière.



Simplement là, l'opulente glycine.


Fleurs de gazania ou triple soleil de printemps.



Une resplendissante centaurée grenat.



Plus traditionnelle, la bleue, en compagnie de coquelicots fous.



Les mêmes, avec en fond un drap protégeant des pieds de salade et de tomate des rayons assassins d'un soleil caniculaire.



La preuve avec cet arum en souffrance d'une trop forte chaleur.



Habillée de lumière, une cardamine monte vers l'azur.



Pendant ce temps-là, les petits pois produisent, produisent...



... les lupins grimpent, grimpent...



... l'ail décoratif explosent...



... et les fleurs de cosmos irradient.



Wouah !!!

A bientôt.




 " La rose pourpre et le lys "  de Michel Faber   15/20

      Londres, 1875. Dans le quartier de Church Lane, une jeune femme du nom de Sugar y mène une vie de prostituée. Pourtant, sa beauté, sa vivacité d'esprit et son intelligence pourrait lui faire espérer un autre avenir, d'autant qu'elle lit, qu'elle écrit et qu'elle pratique un art singulier de la conversation. Heureusement les hasards de la vie vont la mettre en présence d'un grand héritier richissime, William Rackham, qui va tomber amoureux d'elle, au point de vouloir lui proposer une vie plus douce, faîte uniquement de belles choses. Seulement, William est déjà marié à une grande bourgeoise neurasthénique, Agnès, dont il a encore de profonds sentiments. Dès lors, oubliant l'ambiance des bordels et la médiocrité de la bourgeoisie, Sugar et William ont-ils une chance de voir leur amour triompher des embûches ?

      L'incipit est surprenant : le lecteur est interpellé par l'auteur, puis pris par la main pour nous présenter certains quartier de Londres, puis cette main nous conduit vers tel ou tel personnages ; ce procédé sera repris plusieurs fois.

      S'arc-boutant sur les bases du roman victorien, Michel Faber transforme son histoire en thèmes universelles : les indicibles conditions de vie de la classe populaire, l'arrogance révoltante de la bourgeoisie, les mensonges et les hypocrisies d'un peu tout le monde, le questionnement sur les choix de vie, ce que permet l'argent et ce qu'il ne peut acheter.

      D'après le quatrième de couverture, l'auteur aurait mis 25 ans pour faire aboutir ce roman. Ce n'est pas vraiment surprenant à la vue de la somme de documentations nécessaire à l'élaboration d'un tel monument de plus de 1100 pages pour 1 kilo 600 grammes. Pas de doute, on se croit vraiment dans ce Londres victorien, tout est là, la ville, les odeurs, le bruit, les vêtements, la misère, la richesse ; Dickens n'est pas loin.

      Le point fort de ce roman est le caractère des personnages, chacun cherche le bonheur, mais il est fuyant, instable, inatteignable. La faute au déterminisme social, aux classes de la société toujours immuables (ces fameux plafonds de verre), et à la fluctuations de nos désirs. Pourtant, certains protagonistes œuvrent pour faire bouger les carcans de la société, ils y mettent toutes leurs forces, même si les barrières sont innombrables. Devant la construction aléatoire de ce récit, ses ellipses volontaires et son manque de fin réel, il est peut-être difficile de comprendre où Michel Faber a voulu en venir, ce qu'il cherchait vraiment à exprimer. En effet, je me suis moi-même posé la question avant de saisir que l'auteur souhaitait nous mettre en face de certaines de nos contradictions, de nos errances, de nos désirs cachés.

      Bien sûr, sur une intrigue d'une telle longueur, quelques passages sont fades, sans intérêt, languides, idéaux pour trouver le sommeil. J'avoue avoir lu certaines pages en zig-zag sans jamais perdre le fil conducteur, d'où leur inutilité criante.

      Quant à la plume de l'auteur, elle est souvent alerte, à la recherche d'une bonne expression, constamment prête à choquer le lecteur, malheureusement, sur la distance, elle peine à s'affranchir de toutes les banalités de la vie.

      Au final il reste, en devanture, une belle histoire d'amour entre Sugar et William, néanmoins, les intérêts des deux parties ont largement de quoi artificialiser cet amour, les fondations n'étaient-elles pas tronquées dès le départ ? Car entre l'extrême pauvreté et l'opulente richesse, chaque strate de la société demande un effort considérable pour être franchie ; ainsi, réellement qui peut se prévaloir d'une telle volonté ? L'altruisme se fait rare quand les temps sont dures... et comme toutes les époques sont dégueulasses !?! D'où l'importance de naître dans un milieu social aisé ; on n'a dès lors, plus que des problèmes de riches.


29 mai 2026


 " Le cavalier de la terre promise "  de Joseph Joffo   13/20

      Tout au long du roman, nous suivons le parcours incroyable d'un juif polonais, Andreï Parocki, des années 1890 jusqu'à 1917. Afin de vivre selon sa conscience et devant les brimades que subissent les juifs quand il ne s'agit pas de pogroms, le jeune Andreï décide d'entrer en résistance, et de tout faire pour aider les révolutionnaires russes, pensant que seul un grand changement politique et républicain pourra arrêter les traitements iniques que subit son peuple.

      Joseph Joffo sait dépayser son lectorat, l'emportant dans sa fougue narrative, quadrillant une bonne partie du territoire russe de l'époque pour s'achever en Palestine. Malheureusement, chaque étape est à peine effleurée, on est pris d'étourdissement tant le rythme est élevé. Pour une telle odyssée géographique, politique et psychologique, devant l'importance des sujets traités, il aurait fallu dilater le récit, le rendre plus ample, plus généreux. Là, on ressent trop le cochage des cases les unes après les autres : le viol, l'abus de pouvoir, l'éducation, le rebelle, le bagnard, l'évasion, etc ; sans oublier les étapes politiques : le dimanche rouge, le pope Gapone, la révolte du Potemkine, l'assassinat de Stolypine, etc. Je comprend bien que pour un néophyte, tout cela est très instructif, néanmoins, il manque un enrobage plus disert, plus explicatif : des empires sont en train de s'effondrer, des idées nouvelles jaillissent, et ce discours trop simpliste me dérange.

      Malgré tout, une piqure de rappel n'est pas inutile pour les plus jeunes, replaçant le peuple juif au cœur du récit. L'intention est louable, cependant une dilatation substantielle de l'histoire aurait plus transformer ce roman basique en une oeuvre remarquable.

      A noter, le parcours initiatique du protagoniste principal, Andreï Parocki, cherchant sans relâche à donner un sens profond à sa vie, une vraie dignité, un exemple pour nous autres, un homme de bien, qui va au bout de ses idées, un esprit universel qui montre le chemin, loin de tous ces démagogues qui ne pensent qu'à eux, avant de penser à l'humanité.

      Pour tous ceux qui aiment les fabuleuses chevauchées, les vies aventureuses, l'amour de son prochain, ce livre est pour vous, mais pour ceux qui aiment mettre les mains dans la matière, ce roman ne fait qu'érafler les questions que le récit soulève. Dommage.


22 mai 2026


 " Grand Maître "  de Jim Harrison   9/20

     Sur le point de prendre sa retraite après une longue carrière dans la police du Michigan, l'inspecteur Sunderson, récemment divorcé, enquête sur une secte hédoniste dont le gourou se nomme Grand Maître, rien que cela !?! Est-il un simple hurluberlu où un redoutable pédophile ? Pour mener à bien ses recherches, Sunderson se fait aider par Mona, une jeune fille de 16 ans, exhibitionniste et provocatrice, qui trouve auprès de l'inspecteur un père de substitution.

      Ce roman tragi-érotico-comique nous plonge dans un univers malsain, à l'instar de notre société désespérante de déréliction. Quelques pointes d'humour essaient ici ou là de nous soulager d'une chappe de plomb accablante et démoralisante. De surcroît, d'innombrables divagations, opérées par de nombreux flashbacks, viennent à la fois nous distraire mais casse incessamment le récit.

      Il est difficile de se passionner pour une histoire qui fuit de partout, qui n'a rien de linéaire et dont l'enquête piétine tout du long d'un roman trop bavard. En vérité, il s'agit d'un faux roman policier, l'enquête n'a que peu d'intérêt, elle ne sert qu'à faire le portrait d'un flic en bout de course qui voit sa vie personnelle partir en eau de boudin, comme tant d'autres. Son dur métier lui a coûté son mariage ; en même temps, il ne s'est jamais investi dans les centres d'intérêts de sa femme. Une multitudes de raisons pour se réfugier dans l'alcool, comme tant d'autres. Un énième roman sur le désenchantement et qui n'apporte pas grand chose de plus, comme tant d'autres . En vérité, je me suis franchement ennuyé ; j'ai bien vu que pour titiller notre regard Jim Harrison glisse par-ci par-là quelques touches d'érotisme au final bien mièvres ou navrantes. Puis, il nous esquisse le portrait de deux grands méchants pour n'en rien faire. Les seules parties qui nous font plaisir sont celles qui se référent à la nature, cette nature sauvage et indomptée qui reste encore saine, encore que, face à la misère de la nature humaine.

      Même si beaucoup de lecteurs sont dithyrambiques sur Jim Harrison, j'avoue une singulière sidération et un étonnement certain face à la banalité de ce roman. Lire l'histoire d'un vieux policier divorcé, alcoolique et lubrique, se remémorant constamment son passé, très peu pour moi. Pourtant, je croyais avoir affaire à un "Grand Maître" de la littérature !?! A moins que son célébrissime Dalva me fasse changer d'avis ? J'aurais peut-être dû débuter par celui-ci.


13 mai 2026

 " Je pleure encore la beauté du monde "  de Charlotte McConaghy   15/20

      La biologiste Inti Flynn est responsable d'un programme de réintroduction du loup dans les Highlands écossais, où leur présence permettrait la restauration d'un écosystème en déréliction. Naturellement, la jeune femme est confrontée à l'hostilité des locaux, craignant pour leur bétail. Outre l'adversité des autochtones, Inti Flynn soufre d'une maladie rare appelée synesthésie visuo-tactile, son cerveau commande à son corps de ressentir les sensations dont elle est témoin ; en gros si elle voit quelqu'un ou même un animal souffrir, elle ressent également cette souffrance, telle une empathie absolue.

      Ne surtout pas lire le quatrième de couverture, une fois de plus trop bavard. Certes, on veut attirer le chaland, néanmoins le levier surprise ne fonctionne plus, bêtement.

      Un bon point pour le titre, à lui tout seul il résume le roman et il titille notre envie d'en savoir plus. Sans oublier le dessin en couverture où quatre loups hurlent à la lune, comme une réclamation du droit d'exister sur cette terre asphyxiée par la main humaine.

      Avec ce roman digne d'être édité chez Gallmeister, Charlotte McConaghy explore les ténèbres de l'âme humaine et les beautés incroyables de la nature atrocement abîmée pour ne pas dire plus. D'ailleurs, il faut reconnaître un beau talent à la plume de l'autrice pour décrire les mondes animal et végétal.

      Au départ, le mot violence s'articule autour des meutes de loups, cependant, au fil des mots, une autre, plus redoutable se fait jour, celle de la violence aux femmes. Peu à peu elle devient omniprésente, jusqu'à en devenir étouffante, car chaque protagoniste en a souffert et en souffre encore. Le personnage de Aggie, la sœur jumelle d'Inti, est là pour pointer du doigt cette affliction qui la traumatise toujours, au point de rester cloîtrée jour et nuit. Constat alarmant, même si on le sait maintenant, c'est toujours bien dire une fois de plus la vérité des choses : la vraie violence, celle qui est monstrueuse, ne vient surtout pas du monde animal, mais des hommes (pas tous heureusement) qui ne cherche pas seulement à dominer la nature, mais à soumettre les femmes sous une masculinité autoritaire et abjecte.

      Petit bémol : les psychologies de certains protagonistes, notamment de Gus, est un peu légère, il y a des manques de crédibilité ici ou là, certains passages m'ont paru brouillon, peut-être trop de sujets abordés pour les traiter en profondeur.  

      A noter l'une des scènes finales dans une forêt enneigée entre une parturiente et une meute de loup, telle une ode à la nature ou une célébration éternelle de la vie ; cette scène, à elle seule vaut la lecture du roman. Il y a longtemps que je n'avais pas été ému par une scène romanesque... hum, en vérité depuis certains romans de Jack London, autre célébrateur des espaces naturels.

      A la fois thriller écologique et polar écoféministe, ce roman séduit par sa langue, par les sujets abordés et par la beauté incomparable de nos espaces vierges de traces humaines.


28 avr. 2026


 " L'autre moitié du monde "  de Laurence Roux 10/20

      En Catalogne, dans les années 1930, des paysans et des pêcheurs s'éreintent à contenter une famille de bourgeois locaux, régnant, du haut de leur château et de leur arrogance, d'une main de fer sur le delta de l'Ebre où la culture du riz se fait à grande échelle. Parmi ses miséreux, corvéables à merci, grandit Toya, une jeune sauvageonne qui connaît la région comme sa poche. Dans beaucoup de provinces espagnoles, la colère gronde, le peuple visant une indépendance sociale et libertaire.

      A travers de l'émancipation d'une adolescente, Laurence Roux nous conte la naissance d'un espoir fou, d'une dignité recherchée, vite douchée de la manière la plus féroce. En effet, bien que l'Espagne soit républicaine, la société est loin d'être égalitaire. Le peuple, considéré comme un tas de mécréants, est toujours exploité par les notables avec l'aval et le soutien de la religion catholique, leur union ne voit l'avenir que dans l'ordre, l'obéissance et la discipline. Dès lors, sous le poids colossal des haines accumulées, des rebellions sont inévitables avec tous les excès que cela engendre. Le caractère opposé des personnages insoumis nous font comprendre les dissensions régnant au sein du groupe, chacun ayant sa vision d'un futur plus humain, d'une société plus juste. L'utopie est séduisante, aussi belle que dangereuse.

      La plume de Laurence Roux marque le récit d'une touche de poésie, elle se fraye un chemin hors des sentiers battus, cette singularité est plaisante. 

      Néanmoins, je suis perplexe, le fond manque cruellement de forme, il est succinct, caricatural et manichéen, il y avait amplement la place pour développer la psychologie des protagonistes représentant les gens aisés ; d'eux on ne sait rien, juste qu'ils sont égoïstes, cupides et méchants. Le curé n'existe quasiment pas, juste quelques phrases perdues ici ou là. Un roman historique autour de la guerre d'Espagne aurait mérité un traitement plus ambitieux, un développement plus conséquent, une personnalisation plus généreuse. Trop de trous laissés dans le récit, trop de facilités narratives empêchent l'empathie que l'histoire mérite. De surcroît, j'ai dû lire trop de récits où les fils des seigneurs, de dirigeants locaux étaient de fieffés salauds, violeurs et assassins sadiques, sans le moindre développement psychologique pour être enflammé par cette version supplémentaire.