18 juin 2026


 " Les grands malheurs "  de Bernard Clavel   10/20

      Eugène Roissard, vigneron épris de sa terre jurassienne, des siens et de sa patrie, est revenu mutilé et meurtri des tranchées de la Grande Guerre. Depuis, malgré un corps diminué, il s'occupe à nouveau de son vignoble avec sa femme Noémie, dont le frère, lors de cette même guerre de 14, s'est rendu aux allemands. Après les hostilités il est resté en Allemagne et y a fondé une famille. Chez les Roissard, on n'évoque jamais cette honte, même si Xavier, le fils, rêve de connaître son cousin allemand.

      Derrière ce long texte trop bavard, on devine aisément les intentions toutes légitimes de Bernard Clavel, un homme pacifiste, se méfiant des élites, proche du peuple et célébrant la terre, génératrice de tant de beauté, malheureusement cette idée altruiste de départ s'effiloche interminablement au fil des pages. Même si le message est magnifique, je me suis lassé de cette littérature sans relief et sans envergure. 

      Très vite on comprend le conflit générationnelle opposant le père et le fils. Le père, en tant qu'ancien combattant, reste fidèle à la politique de Pétain, tandis que le fils admire les français partis à Londres pour unir une résistance digne de l'esprit français. Fâcheusement, cette opposition stagne sans avancée notoire. D'ailleurs, la seule accélération se situe à la fin du roman, enfin les cartes sont rebattues, enfin le récit progresse, mais trop tardivement.

      Je me demande pourquoi Bernard Clavel ignore en grandes parties le parcours d'Arthur, le frère de Noémie, celui qui a choisi le "déshonneur", alors que son histoire personnelle s'annonçait singulière et donc intéressante ? Ce point de vue atypique aurait rendu autrement plus passionnant ce roman en  redynamisant une intrigue qui peine à prendre, puis renonce à prendre de l'envergure.

      Cependant, je reconnais qu'il n'est pas inutile, pour les plus jeunes ou les moins informés, de remettre en lumière cette période douloureuse où des millions d'êtres n'ont pas mérité que tant de malheurs s'abattent sur eux. Paroles d'autant plus universelles et d'actualité en ce monde où seule règne en maître la force et le profit. Néanmoins, comme l'exprime la parabole de l'épilogue du roman, le mal, même chez les personnes les plus respectueuses, n'est-il pas simplement niché en chacun de nous, attendant juste l'occasion de s'exprimer ?

      A noter les belles pages sur l'amitié entre l'homme et le cheval, et le respect pour le labeur de celui-ci.