" Rosa candida " de Audur Ava Olafsdottir 8/20
Je n'ai jamais lu un roman qui dégouline autant de bons sentiments, telle une pâtisserie décorée outrancièrement de chantilly, jusqu'à l'écœurement. On se croirait au pays des bisounours, tout le monde est d'une bienveillance, d'une courtoisie improbable. Exemples : le protagoniste principal, Arnljotur, dîne de façon pantagruélique dans un restaurant gastronomique perdu en pleine forêt et l'addition est offerte par la maison ; puis il passe la nuit et prend un opulent petit-déjeuner dans ce même hôtel restaurant pour le même prix ; Arnljotur fait par inadvertance un enfant à une fille inconnue de passage, et celle-ci n'y trouve rien à redire ; évidemment le bébé du couple est un ange de sagesse, pas une colère, pas de mauvaise humeur, de surcroît, à 8 mois, le bébé parle déjà quelques mots de français et de latin ; et je ne parle pas des miracles. Oh, que la vie est belle ! Ce livre s'identifie admirablement à son titre : rose et candide.
Autour des protagonistes, il plane une atmosphère étrange, parfois surréaliste à la limite du conte merveilleux. Un monde où presque tout est en harmonie et flotte dans un univers à la fois innocent, cocasse et tendre. Je dis presque car la seule ombre noire au tableau est la férocité d'un destin qui peut vous arracher du jour au lendemain une mère, celle de Arnljotur... évidemment parfaite. Ainsi, de chapitre en chapitre, coule un paisible fleuve de miel et de chocolat, j'ai d'ailleurs remarqué, une fois le roman terminé, avoir le bout des doigts qui colle un peu, tant cette sucrerie littéraire transpire de partout.
Alors de deux choses l'une, soit on prend un plaisir fou à lire une histoire où tout est amour et guimauve, soit on s'ennuie ferme en attendant qu'un évènement ait lieu, venant salir ou déchirer ce tableau immaculé. Personnellement, je fais partie de la deuxième catégorie, néanmoins j'avoue avoir été touché par certaines scènes, tout simplement émouvantes. Mais pour cela il m'a fallu braver un océan désespérément plat.
Quant à la plume de la romancière islandaise, elle est à l'image du récit : tout en douceur, rassérénante, sans déplaisir, mais sans transcendance non plus.
Bref, cette histoire boiteuse par son récit non crédible et sa optimisme indécent, séduira ceux qui sont en recherche d'harmonie en ce monde déchiré, cependant ceux qui aiment le relief, la dramaturgie, la vraie vie quoi, auront du mal à venir à bout de ces 330 pages.
Où alors... oui, peut-être me suis-je entièrement fourvoyé, peut-être suis-je passé à côté de la compréhension profonde du texte. Je n'ai pas vu un réel qui s'effrite avant de s'illusionner. Finalement, ce roman est métaphysique, d'ailleurs les pays sont fantômes, comme les frontières ou les villes et les villages. Nous sommes dans un voyage paranormal, un conte qui emprunte au folklore islandais, celle d'une quête intime d'un jeune homme qui cherche à appréhender son histoire et à dompter ses traumas. Alors, autant se perdre dans ce labyrinthe et suivre l'imagination vogueuse de Audur Ava Olafsdottir. A vous de me le dire.