" Un amour à Saanbad " de Roland Brival 16/20
Personnage nébuleux, dont nous ne serons jamais le nom, le narrateur est un écrivain en panne criant d'inspiration, contrairement à ce qu'il proclame à son éditrice, comme tant d'autres. Il vit depuis quelques mois avec Mary, une journaliste de guerre divorcée et son fils Thomas, un jeune homme de 17 ans. Entre les deux mâles plane souvent une incompréhension générationnelle. Le jour où Mary part en reportage dans un pays non cité, mais on reconnaît aisément l'Irak, et qu'elle tarde à donner des nouvelles, la vie des deux hommes va basculer dans une singulière guerre de tranchée.
Avec ce texte sombre, Roland Brival nous dépeint un monde en conflit permanent. Guerre au sens premier du terme, guerre dans le couple, guerre relationnelle et guerre dans la vocation d'écrivain. Le monde se résume à un champ de bataille perpétuelle.
Au fil du roman, le personnage central, comprend au travers des échos du théâtre de guerre que Mary risque de ne pas en revenir. Cette absence prolongée bouleversera les deux hommes, les renvoyant aux sources de leur propre identité.
Tous les êtres ont des déchirures. Certes, plus ou moins profondes, plus ou moins sensibles, néanmoins tous ont touché la bosse d'un traumatisme du doigt. La faute à une humanité peuplée de loups, tous plus voraces les uns que les autres. Dès lors, comment faire pour simplement vivre ? Le désespoir de chacun nous porte à chercher une échappatoire facile, souvent l'alcool, la drogue, le tabac ou la violence, voire les quatre à la fois, histoire de supporter cette mortifère condition humaine. Ce récit est-il d'une rare lucidité ou d'un pessimisme absolu ? Les deux sûrement. En tout cas, bon courage aux futur(e)s lecteurs ou lectrices, il y a bien longtemps que je n'avais pas lu un texte aussi noir.