" Le signe des quatre " de Conan Doyle 18/20
Depuis que son père, officier de l'armée des Indes, a mystérieusement disparu, chaque année, la jeune Mary Morstan reçoit par la poste une perle d'une valeur inestimable. Un jour, un courrier lui parvient, lui demandant de venir à un rendez-vous dans le dessein de tout lui expliquer. Pour mieux comprendre et par précaution, Mary à Sherlock Holmes de l'accompagner. Dès leur première entrevue, le brave docteur Watson tombe sous le charme de la jeune femme. De son côté, Holmes devra faire appel à toute sa sagacité pour résoudre cette énigme qui prend sa naissance dans l'Inde coloniale des maharajahs et dans le bagne des îles Andaman. Décor exotique autant dépaysant qu'angoissant sous la plume appliquée de Mr Doyle.
Dans ce deuxième roman holmésien, s'approfondissent les relations entre Sherlock Holmes et le docteur Watson, à la fois son confident et le narrateur. Ici, les deux amis ont davantage l'occasion de comparer leurs points de vues et de définir leurs sensibilités respectives. D'un côté, Holmes prouve à nouveau ses capacités hors normes d'observation et de déduction, de l'autre, Watson prend de l'épaisseur au travers de sa sensibilité. En effet, il ne tient plus seulement le rôle de faire valoir et d'élève impressionnable, son altruisme et un désir amoureux vont le faire évoluer vers des sphères sentimentales, alors qu'Homes a trop peur de voir son jugement émoussé, sa rationalité atténuée, en s'adonnant à de tendres passions. Outrageusement seul mentalement, Holmes a besoin de présence d'un Watson, souvent déboussolé, pour mettre ses propres idées en ordre. Tout génie ne peut naviguer en solitaire, d'ailleurs Holmes se fait aider par une escouade de gamins des rues, qui tels les tentacules d'une pieuvre, lui donne un œil ouvert jour et nuit sur toute la ville de Londres.
Ce roman est volontairement enchâssé dans une parenthèse hallucinogène. En effet, dès l'incipit, il nous saisit par la toxicomanie d'Holmes : quand son cerveau est au repos, Holmes ne peut se passer d'injections de doses de cocaïne. Il y a là une dimension transgressive du personnage : un homme qui s'érige en redresseur de torts, alors qu'il est lui aussi un marginal, un toxicomane. Tout homme n'a-t-il pas son talon d'Achille ? Sa toxicomanie ne fait-elle pas un contrepoint bien paradoxal avec sa fulgurance intellectuelle ? Ces pages, nous renseigne aussi sur le passé d'Holmes en tant qu'ancien boxeur professionnel de haut niveau. Ainsi, ce personnage possède à armes égales la tête et les jambes, c'est peu dire ! Un vrai super héros de l'époque victorienne.
Il y a un point commun entre les deux premiers romans holmésien : les deux coupables, qualifiés de brutes épaisses obéissent à des valeurs estimables, ils y a en eux une forme de loyauté, d'intégrité, voire d'honneur. Ce sont des circonstances particulières, des accidents de la vie, qui les ont broyés, qui les ont poussées en marge de la société. Dès lors, leur culpabilité est, d'une certaine mesure, mise en question. Tout n'est jamais noir ou blanc.
A noter que Conan Doyle, peut-être à cause de sa vision pessimiste du monde et de l'humanité, nous décrit un décor et une ambiance des plus oppressantes, telle une poétique gothique. Que cela soit dans un Londres labyrinthique envahit par un brouillard impénétrable, ou dans une Inde en peine rébellion où une armée de Cipayes s'avèrent être de redoutables insurgés, l'ensemble refléte les épaisses ténèbres d'une affaire macabre et lugubre.
Comme beaucoup de roman écrit au XIXème siècle et traitant des populations étrangères à l'Europe, les considérations ethnographiques sont souvent teintées d'ethnocentrisme et de racisme. Ces romans leurs accolent tous les vices de caractères possibles allant jusqu'au cannibalisme, ne sont-ils pas des sauvages après tout ?!?
Bref, Le signe des quatre est un drame en clair/obscur, les scènes essentielles ont lieu entre le crépuscule et l'aurore ; tout baigne dans un mystère autant inquiétant que ténébreux ; et enfin, rien n'existerait sans les noires profondeurs de l'âme humaine. Apparemment, les romans de Conan Doyle sont des analyses bien sombres de la condition humaine, il s'affiche comme un visionnaire d'une humanité en pleine déréliction.