" Grand Maître " de Jim Harrison 9/20
Sur le point de prendre sa retraite après une longue carrière dans la police du Michigan, l'inspecteur Sunderson, récemment divorcé, enquête sur une secte hédoniste dont le gourou se nomme Grand Maître, rien que cela !?! Est-il un simple hurluberlu où un redoutable pédophile ? Pour mener à bien ses recherches, Sunderson se fait aider par Mona, une jeune fille de 16 ans, exhibitionniste et provocatrice, qui trouve auprès de l'inspecteur un père de substitution.
Ce roman tragi-érotico-comique nous plonge dans un univers malsain, à l'instar de notre société désespérante de déréliction. Quelques pointes d'humour essaient ici ou là de nous soulager d'une chappe de plomb accablante et démoralisante. De surcroît, d'innombrables divagations, opérées par de nombreux flashbacks, viennent à la fois nous distraire mais casse incessamment le récit.
Il est difficile de se passionner pour une histoire qui fuit de partout, qui n'a rien de linéaire et dont l'enquête piétine tout du long d'un roman trop bavard. En vérité, il s'agit d'un faux roman policier, l'enquête n'a que peu d'intérêt, elle ne sert qu'à faire le portrait d'un flic en bout de course qui voit sa vie personnelle partir en eau de boudin, comme tant d'autres. Son dur métier lui a coûté son mariage ; en même temps, il ne s'est jamais investi dans les centres d'intérêts de sa femme. Une multitudes de raisons pour se réfugier dans l'alcool, comme tant d'autres. Un énième roman sur le désenchantement et qui n'apporte pas grand chose de plus, comme tant d'autres . En vérité, je me suis franchement ennuyé ; j'ai bien vu que pour titiller notre regard Jim Harrison glisse par-ci par-là quelques touches d'érotisme au final bien mièvres ou navrantes. Puis, il nous esquisse le portrait de deux grands méchants pour n'en rien faire. Les seules parties qui nous font plaisir sont celles qui se référent à la nature, cette nature sauvage et indomptée qui reste encore saine, encore que, face à la misère de la nature humaine.
Même si beaucoup de lecteurs sont dithyrambiques sur Jim Harrison, j'avoue une singulière sidération et un étonnement certain face à la banalité de ce roman. Lire l'histoire d'un vieux policier divorcé, alcoolique et lubrique, se remémorant constamment son passé, très peu pour moi. Pourtant, je croyais avoir affaire à un "Grand Maître" de la littérature !?! A moins que son célébrissime Dalva me fasse changer d'avis ? J'aurais peut-être dû débuter par celui-ci.