" L'île aux arbres disparus " de Elif Shafak 10/20
Ce roman débute par un cri de désespoir profond et se clôt par le souhait d'un rêve, d'une espérance, d'un désir.
Le cri interminable et tribal est celui que hurle en plein cours d'histoire, dans un lycée londonien, une adolescente de 16 ans, prénommée Ada. Le rêve est celui toujours inaccessible d'une humanité en plein déchirement religieux.
Tout commence en 1974 à Nicosie, quand un jeune grec, Kostas, tombe amoureux d'une jeune fille turque, Defne. A cette époque, Chypre est déchirée par une guerre civile.
J'avais tout pour être emballé par cette intrigue, d'autant que les arbres, les oiseaux, les insectes ont également un rôle important. Malheureusement, mon engouement s'est fissurée telle une construction trop vite bâtie. Quelle en est la cause ? de nombreuses raisons : une mise en bouche beaucoup trop longue, en effet, le fameux cri n'arrive qu'à la quarantième page ; un découpage des chapitres exagéré ; des flash-back intempestifs reportant constamment les révélations ; trop de passages dénués d'intérêt ; des coïncidences pas assez hasardeuses ; une pléiade de digressions décalées ; et une erreur incroyable : Ada est née en 2000 et a 16 ans en 2010 !?! De surcroît, les personnages manquent d'épaisseur, Defne m'a semblé d'une grande transparente, je ne comprends pas ses revirements contradictoires. Bizarrement le seul protagoniste dont j'ai eu de l'empathie est un arbre : un figuier. Il est le fil rouge du récit, il observe son environnement avec amour, tendresse, nostalgie et sagesse, celle dont les hommes manquent cruellement ; enfin, il relie le passé et le futur, il est la mémoire du monde.
Pourtant, un roman sondant les douleurs de l'exil, les horreurs d'une guerre civile, le traumatisme d'un passé non digéré, et jonglant avec la belle idée que nos ancêtres continuent à exister à travers nous, aurait dû me séduire. Quel dommage. Tout tient à mes yeux à une narration qui s'éparpille inutilement pour finir par ressembler à un pudding lourd et indigeste. Une narration fluide, n'allant jamais à contre-temps, aurait contribuée, à mes yeux, à bâtir une histoire plus cohérente et plus solide. Dommage.
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