" L'autre moitié du monde " de Laurence Roux 10/20
En Catalogne, dans les années 1930, des paysans et des pêcheurs s'éreintent à contenter une famille de bourgeois locaux, régnant, du haut de leur château et de leur arrogance, d'une main de fer sur le delta de l'Ebre où la culture du riz se fait à grande échelle. Parmi ses miséreux, corvéables à merci, grandit Toya, une jeune sauvageonne qui connaît la région comme sa poche. Dans beaucoup de provinces espagnoles, la colère gronde, le peuple visant une indépendance sociale et libertaire.
A travers de l'émancipation d'une adolescente, Laurence Roux nous conte la naissance d'un espoir fou, d'une dignité recherchée, vite douchée de la manière la plus féroce. En effet, bien que l'Espagne soit républicaine, la société est loin d'être égalitaire. Le peuple, considéré comme un tas de mécréants, est toujours exploité par les notables avec l'aval et le soutien de la religion catholique, leur union ne voit l'avenir que dans l'ordre, l'obéissance et la discipline. Dès lors, sous le poids colossal des haines accumulées, des rebellions sont inévitables avec tous les excès que cela engendre. Le caractère opposé des personnages insoumis nous font comprendre les dissensions régnant au sein du groupe, chacun ayant sa vision d'un futur plus humain, d'une société plus juste. L'utopie est séduisante, aussi belle que dangereuse.
La plume de Laurence Roux marque le récit d'une touche de poésie, elle se fraye un chemin hors des sentiers battus, cette singularité est plaisante.
Néanmoins, je suis perplexe, le fond manque cruellement de forme, il est succinct, caricatural et manichéen, il y avait amplement la place pour développer la psychologie des protagonistes représentant les gens aisés ; d'eux on ne sait rien, juste qu'ils sont égoïstes, cupides et méchants. Le curé n'existe quasiment pas, juste quelques phrases perdues ici ou là. Un roman historique autour de la guerre d'Espagne aurait mérité un traitement plus ambitieux, un développement plus conséquent, une personnalisation plus généreuse. Trop de trous laissés dans le récit, trop de facilités narratives empêchent l'empathie que l'histoire mérite. De surcroît, j'ai dû lire trop de récits où les fils des seigneurs, de dirigeants locaux étaient de fieffés salauds, violeurs et assassins sadiques, sans le moindre développement psychologique pour être enflammé par cette version supplémentaire.
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