28 avr. 2026


 " L'autre moitié du monde "  de Laurence Roux 10/20

      En Catalogne, dans les années 1930, des paysans et des pêcheurs s'éreintent à contenter une famille de bourgeois locaux, régnant, du haut de leur château et de leur arrogance, d'une main de fer sur le delta de l'Ebre où la culture du riz se fait à grande échelle. Parmi ses miséreux, corvéables à merci, grandit Toya, une jeune sauvageonne qui connaît la région comme sa poche. Dans beaucoup de provinces espagnoles, la colère gronde, le peuple visant une indépendance sociale et libertaire.

      A travers de l'émancipation d'une adolescente, Laurence Roux nous conte la naissance d'un espoir fou, d'une dignité recherchée, vite douchée de la manière la plus féroce. En effet, bien que l'Espagne soit républicaine, la société est loin d'être égalitaire. Le peuple, considéré comme un tas de mécréants, est toujours exploité par les notables avec l'aval et le soutien de la religion catholique, leur union ne voit l'avenir que dans l'ordre, l'obéissance et la discipline. Dès lors, sous le poids colossal des haines accumulées, des rebellions sont inévitables avec tous les excès que cela engendre. Le caractère opposé des personnages insoumis nous font comprendre les dissensions régnant au sein du groupe, chacun ayant sa vision d'un futur plus humain, d'une société plus juste. L'utopie est séduisante, aussi belle que dangereuse.

      La plume de Laurence Roux marque le récit d'une touche de poésie, elle se fraye un chemin hors des sentiers battus, cette singularité est plaisante. 

      Néanmoins, je suis perplexe, le fond manque cruellement de forme, il est succinct, caricatural et manichéen, il y avait amplement la place pour développer la psychologie des protagonistes représentant les gens aisés ; d'eux on ne sait rien, juste qu'ils sont égoïstes, cupides et méchants. Le curé n'existe quasiment pas, juste quelques phrases perdues ici ou là. Un roman historique autour de la guerre d'Espagne aurait mérité un traitement plus ambitieux, un développement plus conséquent, une personnalisation plus généreuse. Trop de trous laissés dans le récit, trop de facilités narratives empêchent l'empathie que l'histoire mérite. De surcroît, j'ai dû lire trop de récits où les fils des seigneurs, de dirigeants locaux étaient de fieffés salauds, violeurs et assassins sadiques, sans le moindre développement psychologique pour être enflammé par cette version supplémentaire.


13 avr. 2026

 " Rosa candida "  de  Audur Ava Olafsdottir   8/20

      Je n'ai jamais lu un roman qui dégouline autant de bons sentiments, telle une pâtisserie décorée outrancièrement de chantilly, jusqu'à l'écœurement. On se croirait au pays des bisounours, tout le monde est d'une bienveillance, d'une courtoisie improbable. Exemples : le protagoniste principal, Arnljotur, dîne de façon pantagruélique dans un restaurant gastronomique perdu en pleine forêt et l'addition est offerte par la maison ; puis il passe la nuit et prend un opulent petit-déjeuner dans ce même hôtel restaurant pour le même prix ; Arnljotur fait par inadvertance un enfant à une fille inconnue de passage, et celle-ci n'y trouve rien à redire ; évidemment le bébé du couple est un ange de sagesse, pas une colère, pas de mauvaise humeur, de surcroît, à 8 mois, le bébé parle déjà quelques mots de français et de latin ; et je ne parle pas des miracles. Oh, que la vie est belle ! Ce livre s'identifie admirablement à son titre : rose et candide.

      Autour des protagonistes, il plane une atmosphère étrange, parfois surréaliste à la limite du conte merveilleux. Un monde où presque tout est en harmonie et flotte dans un univers à la fois innocent, cocasse et tendre. Je dis presque car la seule ombre noire au tableau est la férocité d'un destin qui peut vous arracher du jour au lendemain une mère, celle de Arnljotur... évidemment parfaite. Ainsi, de chapitre en chapitrecoule un paisible fleuve de miel et de chocolat, j'ai d'ailleurs remarqué, une fois le roman terminé, avoir le bout des doigts qui colle un peu, tant cette sucrerie littéraire transpire de partout. 

      Alors de deux choses l'une, soit on prend un plaisir fou à lire une histoire où tout est amour et guimauve, soit on s'ennuie ferme en attendant qu'un évènement ait lieu, venant salir ou déchirer ce tableau immaculé. Personnellement, je fais partie de la deuxième catégorie, néanmoins j'avoue avoir été touché par certaines scènes, tout simplement émouvantes. Mais pour cela il m'a fallu braver un océan désespérément plat.

      Quant à la plume de la romancière islandaise, elle est à l'image du récit : tout en douceur, rassérénante, sans déplaisir, mais sans transcendance non plus.

      Bref, cette histoire boiteuse par son récit non crédible et sa optimisme indécent, séduira ceux qui sont en recherche d'harmonie en ce monde déchiré, cependant ceux qui aiment le relief, la dramaturgie, la vraie vie quoi, auront du mal à venir à bout de ces 330 pages.

      Où alors... oui, peut-être me suis-je entièrement fourvoyé, peut-être suis-je passé à côté de la compréhension profonde du texte. Je n'ai pas vu un réel qui s'effrite avant de s'illusionner. Finalement, ce roman est métaphysique, d'ailleurs les pays sont fantômes, comme les frontières ou les villes et les villages. Nous sommes dans un voyage paranormal, un conte qui emprunte au folklore islandais, celle d'une quête intime d'un jeune homme qui cherche à appréhender son histoire et à dompter ses traumas. Alors, autant se perdre dans ce labyrinthe et suivre l'imagination vogueuse de Audur Ava Olafsdottir. A vous de me le dire.


6 avr. 2026


 " Le vagabond des étoiles "  de Jack London   14/20

      Il y a des romans qui déconcertent, celui-ci en fait indiscutablement partie, par sa construction déstructurée et par son ampleur intellectuelle et philosophique. On peut le comprendre aisément en sachant qu'il s'agit du dernier roman de Jack London. Voyant, par l'usure d'un corps qu'il a toujours poussé à bout, sa fin de vie proche, Jack London veut écrire une apothéose de son parcours littéraire, une œuvre testamentaire, une oeuvre-monde au travers de laquelle il se penche sur l'histoire de l'humanité, allant jusqu'à affirmer la puissance de l'esprit par rapport à celle de notre corps.

      Le pitch en est on ne peut plus simple : un condamné à mort attend sa dernière heure derrière les barreaux, afin d'occuper ses derniers mois de détention, il s'évade par la force de la pensée en revivant... rien de moins que... ses vies antérieures.

      Impossible de passer à côté du message omniprésent du roman : le système pénitentiaire américain avec ses innombrables injustices et ses effroyables violences physiques, psychologiques, verbales, néanmoins toujours gratuites. Les conditions carcérales y sont telles (l'affreux supplice de la camisole), qu'elles ponctuent le roman de la première à la dernière page. Ce brûlot anticarcéral est le tout dernier acte du militant socialiste qu'est Jack London. Par la pertinence de cette dénonciation contre la peine de mort, j'y ai vu de nombreux liens avec la pensée de Victor Hugo. Deux hommes fortement impliqués dans l'horreur des exécutions de la peine capitale ; d'autant que ces deux sociétés, la française comme l'américaine, sont basées sur un catholicisme déclarant "Tu ne tueras point", gros paradoxe !

      Outre ces abominations au combien illégitimes, Jack London emmène son récit dans le domaine de la métempsychose, c'est à dire l'idée que l'on ne meurt jamais vraiment, et que depuis la nuit des temps, à la mort de chaque individu l'esprit change de corps, dans l'idée de la réincarnation perpétuelle. Ainsi, par le truchement de l'esprit, nous suivons le prisonnier dans ses vies antérieures, ainsi nous rencontrons un gamin dans une caravane de pionniers se dirigeant vers la Californie, un légionnaire romain (ancien Viking) dans la Palestine de Jésus, un bourgeois parisien sous Louis XIII, un européen époux d'une princesse coréenne, un naufragé sur une déserte île faîte de pierres, etc. A chaque fois, le voyageur du temps est le témoin de l'injustice de nos destinées toujours vécues sous le joug de la folie des hommes. Comme-ci l'Homme était condamné à n'être jamais en paix, toujours incité au mal depuis la nuit des temps par d'inexpugnables démons intérieurs. Telle une malédiction infernale et éternelle.

      Ces différentes histoires sont plus ou moins captivantes, mais toutes font du héros un homme blanc, civilisé, intelligent et forcément beau, ayant naturellement les femmes à ses pieds !?! A l'image de Jack London ? De surcroît, au hasard des vagabondages en zigzags dans le passé il se donne le beau rôle dans des périodes très anciennes, où le cheval n'est pas encore domestiqué, où le riz n'est pas encore cultivé, etc. Comme s'il était à l'origine de beaucoup des inventions qui améliorèrent la vie de l'humanité. 

      Outre le peu de considérations que Jack London accorde à la partie féminine de nos sociétés (peut-être dû à une vision de la société de l'époque), Jack London, par ses voyages, s'est ouvert des horizons à l'échelle du globe, alors pourquoi aucune réincarnation en un être non blanc, non européen et surtout non femme ?

      Ce roman testament se veut une concrétisation symbolistique des forces de l'esprit, il passe continuellement du réalisme au fantastique, l'univers étroit du prisonnier est ensemencé d'évènements baroques, tout s'entrelace dans un réquisitoire pragmatique. Il s'affiche comme un voyage original dans un monde régit par toute forme de pouvoir, un voyage entre bruit et fureur, un voyage comme un plaidoyer pour une humanité plus humaine, plus juste et plus égalitaire. Bon voyage !


4 avr. 2026

 Petit aperçu du jardin printanier 2026

Partie 1



Le premier à fleurir, dès la fin de l'hiver, mon vieux camélia.



En deuxième position, les jonquilles explosent de jaune dans la verdure...



...ou explosent en plein ciel.



Quant à l'azalée, elle finit sur la troisième marche du podium.



Côté potager, les petits pois sont déjà en pleine ascension vers l'azur.



 Dans la serre, les pommes de terre primeurs prennent leurs aises.



Et mes laitues, "Gotte jaune d'or", grossissent en quinconce.




Depuis des années, je n'ai de mon pêcher que des fleurs... à moins que cette fois-ci, une ou deux pêches soient au rendez-vous, qui sait ?



Comment se lasser de ce graphisme époustouflant ? (Rosée sur feuilles de lupin).



Au pied d'un arbre, les anémones des bois se gorgent de soleil avant que les feuilles ne leur fassent de l'ombre.



Quand les nuances de bleus s'ocellent de coton.



On se quitte avec une Dicentra Spectabilis, plus connue sous le nom de Fleurs de Marie. J'y tenais particulièrement à cœur.