5 janv. 2026


 

" Zem "  de Laurent Gaudé 8/10

      Après Chien 51, Laurent Gaudé reprend ses personnages pour nous proposer une vision possible d'un avenir bien sombre. Ainsi, on retrouve Zem Sparak, un ancien flic déclassé de la zone 3, il assure désormais la sécurité rapprochée de Barsok, l'homme qui a réussi à réunifier la mégalopole en abolissant les différences de classe, il vise maintenant le retour à une singulière prospérité grâce à une révélation sur une nouvelle ressource. A l'occasion de la célébration de l'avancée des grands travaux, on découvre sur le port et dans un container cinq cadavres anonymes et mutilés. A l'issue de cette macabre surprise, Zem revoit son amie Salia Malberg, l'inspectrice chargée de l'enquête. Ensemble, ils vont essayer de démêler cette sale affaire qui s'avère liée au consortium GoldTex. 

      Laurent Gaudé nous tant un miroir, il dénonce nos sociétés consuméristes avides de posséder tout pour rien. Il désigne l'anéantissement financier et moral d'une population rendue dépendante par un capitalisme totalitaire. Il dénonce un système qui privilégie plus qu'amplement quelques personnes pour en faire vivre une écrasante majorité dans la misère. Dès lors, il prône la désobéissance, une information rigoureuse auprès de masses écervelées, puis la résistance armée, comme seule solution pour sortir de ce système vorace et inhumain. Naturellement, comment ne pas être d'accord avec lui ? D'autant que parmi les autres thèmes, il aborde la santé mentale, menée à rude épreuve dans ce monde en déliquescence ; marchant de front, les drogues sont là pour tout faire accepter ; la question de la vie en exil est abordée, mais traitée trop succinctement, ah j'oubliais Laurent Gaudé parle également du suicide et de la présente omnipotente de l'I.A. Comme on peut s'en rendre compte, les sujets douloureux ne manque pas. Néanmoins qu'en fait-il ? Si ce n'est un brassage infécond.

      Certes, dans Chien 51, Laurent Gaudé créait un monde dystopique avec une mégalopole vivant sous dome de verre pour la protéger des retombées acides ; l'auteur envisageait aussi une nation entièrement privatisée et dirigée par une multinationale toute puissante, divisant le pays en 3 zones, répondant chacune à une sélection sociale rappelant l'Apartheid. Cependant, qu'apporte cette suite ? Peu de choses en vérité, il poursuit son canevas de base sans transcender quoi que ce soit. J'ai eu l'impression de lire un récit sans relief, dépourvu d'une étincelle créatrice et jouissive. Au final il s'agit d'un polar futuriste comme tant d'autres, affreusement banal. Et puis cet fin en message d'espoir me semble bien candide. Comment peut-on être aussi naïf quand on connaît l'abêtissement de la population mondiale pour ne pas dire sa crétinisation ? Tous les jours je suis atterré par ce que je vois, comment croire que l'humanité est capable de se prendre en main, d'arrêter de danser hystériquement au bord du volcan, et d'affronter les vrais problèmes basiques que l'on se prend en pleine gueule tous les jours ? En vérité, je suis très pessimiste pour demain, j'en suis profondément désolé, mais pour moi, un optimiste est quelqu'un de très mal informé.

      Revenons au roman : je suis peut-être sévère, mais Laurent Gaudé a écrit tant de récits qui m'ont passionné, que j'en espérais beaucoup. Néanmoins, je dois reconnaître que les deux protagonistes principaux existent vraiment. Zem, hanté par la perte de son pays natal et de sa compagne, sans cesse écartelé entre loyauté, désillusion et suicide. Et Salia, victime de la violence du monde, elle cherche une sorte de catharsis dans le sexe, l'alcool et des images hypers violentes.

      Ma dernière déception vient aussi du non approfondissement de la situation géopolitique. Qu'en est-il du reste du monde ? Les sociétés privées sont-elles la norme partout ? Que deviennent les animaux ? les arbres ? les océans ? la recherche médicale, scientifique, robotique, etc ?

      Bref, Laurent Gaudé nous livre un polar standard bien fade, il aurait dû élargir sa focale, en faire une sorte de roman monde sortant des sentiers mille fois rebattus. Tant pis.