27 déc. 2024

 

" Nord sentinelle "   de Jérôme Ferrari   15/20


      Au milieu d'une foule de touristes et à cause d'une inoffensive bouteille de vin introduite illicitement pendant un repas au restaurant, le jeune Alexandre Romani (imprévisible rejeton d'une dynastie corse) poignarde de nombreuses fois, Alban, un copain d'enfance dont les parents sont propriétaires d'une résidence secondaire sur l'ïle.

      A partir de ce sordide fait divers, le narrateur, intimement proche de la famille Romani, va remonter à l'origine du mal des protagonistes, enfin disons, de leur affligeance médiocrité. 

      En employant un ton tragicomique, Jérôme Ferrari, nous décrit deux sociétés : celle de la famille et celle d'une île. Il en sonde leur violence intolérable et notre propre timidité à ne pas oser agir, vécu tel un traumatisme de n'être que soi-même. Sommes-nous dignes d'être des êtres de raison ?

      Même si l'intrigue est un peu décousu, la partie réjouissante, de ce court roman, réside dans sa critique acerbe du surtourisme. Facile me direz-vous, mais l'auteur retourne le miroir sur ses bénéficiaires, il désigne ceux qui sont prêts à tout pour prendre leur part de cette manne touristique ; peu importe les inconvéniants, peu importe si Dame Nature en souffre terriblement, du moment qu'une partie du pactole ruisselle dans leurs poches. Bravo et merci pour ces vérités judicieusement assénées. 

       Toujours armé d'une plume caustique et précieuse, l'auteur interroge sur l'altérité. Il met en parallèle l'un des premiers explorateurs du XIXème, Richard Burton (comme l'acteur), qui en posant le pied sur un lieu encore vierge de visiteurs, corrompt inévitablement l'âme du pays et le coeur des autochtones. Il n'y a qu'à songer à Chritophe Colomb et ses espagnols pénétrant en Amérique...

      Nord Sentinelle raconte la médiocrité de tous, personne n'est épargné, seul l'argent, le profit et la connerie sont les véritables moteurs de l'humanité, autant dire que nous sommes gouvernés, au propre comme au figuré, par la bêtise la plus crasse, celle qui put et pervertit chacun d'entre nous. Aucun n'en réchappera, cela nous conduira inéxorablement jusqu'à notre perte, et ce n'est sûrement pas la nature qui s'en plaindra. A faire lire aux hordes de touristes qui déferlent en vagues de plus en plus hautes dans ces petits paradis terrestres sacrifiés sur l'autel de l'argent roi.


18 déc. 2024


" Brooklyn " et "Long island "   de Colm Toibin   15/20

      Ecrit il y a 20 ans, Brooklyn nous racontait la jeunesse d'Eilis Lacey : 1950, à Enniscorthy en Irlande, comme beaucoup de jeunes femmes irlandaises de son âge, Eilis Lacey ne parvient pas à dénicher un emploi. Grâce à l'entremise d'un prêtre, on lui propose un job de vendeuse à Brooklyn, aux Etats-Unis. Poussée par sa famille, Eilis part s'exiler à contrecoeur outre Atlantique. Sur place, elle s'émancipe peu à peu ; loin du regard critique de ceux qui la connaissent depuis toujours, elle goûte à la liberté et savoure la  modernité du nouveau-monde, bien loin des habitudes poussièreuses de son Irlande natale. Puis, lors d'un bal, Eilis rencontre un jeune homme bien sous tous rapports, mais un drame familial l'oblige à retraverser l'Atlantique. Son séjour à Enniscorthy se prolongeant quelque peu, elle se noue passionnément d'amitié pour une ancienne connaissance de jeunesse. Les hasards et coïncidences de la vie ont l'art de tout compliquer. Avec cette nouvelle possibilité qui s'offre à elle, Eilis ne sait plus quel chemin suivre. A quel pays appartient-elle dorénavant ? A quel jeune homme s'autorise-t-elle à donner son coeur ? Quelle vie souhaite-t-elle vraiment ? Est-ce vraiment elle qui décide ?

      Le second roman, Long island, se déroule 20 ans plus tard. Eilis, âgée de 40 ans en 1970, devra se confronter à un nouveau choix, tout aussi difficile, la vie étant toujours si imprévisible. Volontairement je préfère ne pas divulgacher la suite, la surprise faisant partie intégrante du plaisir littéraire.

      Récemment, Colm Toibin, ce grand auteur irlandais, m'avait déjà beaucoup impressionné lors de sa biographie de Thomas Mann intitulée, Le magicien. Aujourd'hui, il donne une suite à l'un de ses succès passé avec toujours le même questionnement sur les choix de vie, auquels tout le monde est confronté un jour ou l'autre. Pour raconter ces péripéties, il adopte le point de vue de chacun des protagonistes du triangle amoureux,  néanmoins, la psychologie d'Eilis est la plus développée, plus affinée. Son drame, c'est d'être toujours tenue par sa forte identité irlandaise ; on ne peut jamais se couper de ses racines sans en souffrir un jour ou l'autre. Eilis aura à subir des tentatives de manipulations pour l'inciter à faire un choix, mais sa lucidité et son orgueil lui feront voir clair dans le jeu de ces influenceurs et influenceuses. Deux communautés se font face, conciliabules, secrets et faux-semblant sont au rendez-vous. La tension monte... pour notre plus grand plaisir.

      Colm Toibin nous décrit la société irlandaise de 1970 qui se décorsète autour de la condition de la femme, même si des contraites sociétales demeurent : si d'aucuns n'est véritablement mal intentionnés, beaucoup contribuent à entraver les aspirations de son prochain. D'ailleurs, il y a de nombreux non-dits entre les personnages principaux, néanmoins des gestes, des attitudes, des pudeurs, des regards en disent infiniment plus qu'une parole emportée par le vent.

      Avec ce récit d'une femme tiraillée entre deux hommes et deux continents, l'auteur prend plaisir à torturer notre envie d'en savoir plus, il manie le suspense avec délectation, il est habile en nous frustrant régulièrement, d'ailleurs la fin en est-elle vraiment une ? Personnellement je crois qu'un troisième tome nous sera proposé prochainement, peut-être pour faire à nouveau un bond de 20 ans dans le futur ? Un avenir proche nous le dira.


11 déc. 2024


                    
" Mésopotamia " de  Olivier Guez   17/20

      Avec cette admirable biographie romancée de la britannique Gertrude Bell, Olivier Guez rend gloire à une femme tombée dans les oubliettes de l'Histoire moderne. Pourtant, sans elle, la création de l'Irak aurait été autrement plus difficile, voire impossible. Cette héroïne tragique, issue d'une riche famille victorienne, fut une enfant adorée par son père (sa mère étant assassinée lors de son enfance), mais aussi incomprise, ses rêves de chevaucher le monde en stupéfiaient plus d'un, surtout venant d'une jeune femme. Son opiniâtreté lui a construit une carrière exceptionnelle.

      Aventurière, géographe, archéologue, exploratrice, polyglotte, diplomate et espionne, Gertrude Bell eut un rôle essentiel dans la destinée du Moyen-Orient, du moins autant que la reine Zénobie... mais c'était au IIIème siècle. Idéaliste, dans sa forme la plus pure, à l'instar de son ami Lawrence d'Arabie, elle ambitionne, après que l'empire britannique ait chassé les ottomans de Mésopotamie pendant la première guerre mondiale, de créer un pays, sous mandat britannique, à partir de plusieurs tribus arabes, qu'elles soient sunnites ou chiites, en ce même lieu où est née l'écriture cunéiforme, où tant de civilisations se sont affrontées, et qui fut terre d'Abraham, du déluge, de Babylone. Ainsi naîtra l'Irak.

      Aidé d'une documentation très fournie, Olivier Guez nous décrit un empire britannique obligé de s'emparer des sites pétroliers d'un Moyen-Orient afin de faire perdurer son éclat sur le monde. La première guerre mondiale va lui donner l'occasion rêvée. Ainsi née une ardente épopée avec jeux de pouvoir et négociations interminables entre britanniques, français, allemands et arabes, dans laquelle la participation de Gertrude Bell et Lawrence d'Arabie seront essentielles et déterminantes. 

      Sous la plume inspirée de l'auteur, apparaît le portrait d'une femme double : d'un côté dotée d'une énergie impérialiste, et de l'autre, amoureuse des civilisations originelles, pas encore salies et spoliées par l'arrivée tonitruante d'une modernité exterminatrice.

      Cette femme multiple et inclassable mérite d'être connue, car, au-delà de son attirance irrépressible pour l'aventure, elle fut aussi une amoureuse éperdue ; Olivier Guez sait parfaitement rendre les répercussions de son amour immarcescible pour un illustre colonel anglais, cela donne une force supplémentaire à son portrait. Moi qui ne suis pas spécialement fleur bleue, cela m'a touché, voire ému.

      Grâce à ce récit érudit, nous pénétrons dans les coulisses de l'Histoire, pas toujours aussi reluissantes qu'elles le devraient. Il en découle que les guerres d'hier, aux plaies mals recousues, sont à l'origine des conflits d'aujourd'hui. Quand l'Homme apprendra-t-il de ses erreurs ?


3 déc. 2024

 " Le sermon de la chute de Rome "   de Jérôme Ferrari   12/20

      Ce roman a reçu le Prix Goncourt en 2012, logiquement on attend une perfection, d'ailleurs la plume est sompteuse d'exigeance : les phrases sont gorgées de richesses littéraires, elles s'allongent, se déplient, papillonnent, puis se déplient derechef devant notre regard, telle une rivière en crue d'une générosité folle ; rien n'y manque. On est vraiment en présence d'un style que certains trouveront lourd, néanmoins on ne va pas faire la fine bouche quand un livre est vraiment bien écrit.

      Par contre, la construction narrative est explosée façon puzzle, donc complexe ; elle alterne plusieurs voix, de multiples époques courant sur quatre générations, tout cela en moins de 200 pages. Faut suivre !

      Après une longue entrée en matière, voici que deux amis d'enfance reprennent la gérance d'un bar situé dans un village Corse. Les affaires fleurissent, l'argent rentre, l'entente est cordiale, la vie est belle, puis, quelques divergeances apparaissent, la beauté de ce petit monde se ternit, plus rien ne va, le chute est inéluctable. D'où le titre du roman. Tout cela pour cela. Dur à avaler. 

      Je ne doute pas que Jérôme Ferrari soit sincère dans sa démarche, voulant batir un petit monde façon démuirge, pour venir le briser ensuite. Démontrant ainsi que tout à une fin : nos vies, nos sociétés, d'où l'évocation de la chute de Rome en 476. De la plus petite construction à la plus grande, rien ne perdure dans le temps. Oui, très bien, et après : l'eau ça mouille, la glace c'est froid, etc ?!?

      Il y a obligatoirement moult subtilités auxquelles je n'ai rien compris, je n'ai véritablemant pas pris la hauteur philosophique qu'un tel texte demandait. Malgré tout, je suis allé au bout de la lecture, et on va pas pas jeter le bébé avec l'eau du bain, certains passages m'ont sincèrement séduit, par l'émotion qu'elles dégagent et par une narration prenante ; cependant ces beaux morceaux sont ballottés dans un océan de banalités lues mille fois ailleurs ; l'équilibre de l'ensemble tangue dangereusement, ça prend l'eau d'un peu partout même si le navire reste à flot. Néanmoins, je suis nécessairement dans l'erreur puisque le Prix Goncourt a couronné ce roman.


25 nov. 2024

 Petit aperçu du jardin automnal 2024

Partie 3



                        Neige en novembre, laisse Bouddha de glace !



Potager sous la neige, heureusement les chicorées Pain de sucre sont resistantes.



                     Toute dernière récolte de chayottes, gel oblige !



Certes, un jardin immaculé de blanc, mais pas facile d'y retrouver ses légumes racines.



                Profitons juste de la poésie de Dame nature.



                          Au soleil couchant, le relief apparaît.



Sans le vouloir, laissant toujours la nature faire, je viens d'obtenir un record de poids avec cette betterave rouge, au centre, atteignant pile poil les 1100 grammes !



Sous la serre, à l'abri de la neige, voici les dernières salades de l'année.



Petite curiosité avec cette Grosse Blonde Paresseuse d'hiver, possédant deux coeurs, allez savoir pourquoi ?



Cette année, même en cette fin novembre, les arbres ont vraiment du mal à se débarrasser de leurs dernières feuilles.

A bientôt.

18 nov. 2024


" Le ministère du futur " de Kim Stanley Robinson   13/20

      Les Nations Unis établissent une nouvelle agence à Zurich en 2025 ; son objectif : prendre soin des générations à venir et protéger toutes sortes de vie sur Terre, sans oublier leur biotope. Un seul nom pour cette agence dédiée à l'avenir : le Ministère du Futur. Mary Murphy, une irlandaise, est désignée pour en prendre les rênes. Mary est une femme à la fois forte et diplomate. Cependant, comment faire plier ou obéir les maîtres du monde que sont les financiers, les PDG des multinationales, les producteurs d'énergie fossile, les puissants lobbys industriels, etc ? Une question vient vite la taroder : sera-t-il nécessaire d'employer des moyens à la limite de la radicalité ?
      Afin d'éviter l'effondrement de nos sociétés, l'humanité saura-t-elle emprunter le chemin de la sagesse, celle d'une coopération intelligente ?

      Attention, ma critique risque de divulgâcher un peu trop l'intrigue, néanmoins, je ne vois pas comment faire autrement.

      S'il est un roman au sujet brûlant, sans vouloir faire de jeu de mot, à l'heure où les catastrophes climatiques se multiplient, celui-ci en fait partie. Kim Stanley Robinson s'empare du risque de voir disparaître l'humanité pour écrire avec une rigueur scientifique et une imagination débordante les défis écologiques auxquels nous sommes déjà confrontés. Ce roman aux allures faussement dystopiques vire peu à peu dans un méli-mélo de solutions quelque peu contreversées, voire utopiques.

      Dès l'incipit, le ton est donné : de nos jours, l'Inde subit une canicule inédite faisant 20 millions de morts. Un seul survivant : Franck May, il en gardera une haine farouche envers toutes les personnes qui vivent comme-ci tout allait bien. Dès l'instant où il parvient à rentrer en contact avec Mary Murphy, de façon maladroite, celle-ci n'aura de cesse de bousculer le statut-quo mondial. L'auteur développpe alors des principes essentiels, plus techniques, pour nous faire comprendre les réticences et les grippages de la machine-économico-mondiale. Il dénoue les rouages, un peu complexe, fait proliférer les explications, qui, soyons honnête, trouveraient idéalement leurs places dans un essai.

      A la façon d'un roman choral, plusieurs voix se croisent, racontant des tranches de vie bousculées par le réchauffement climatique. Certaines viennent de nul part, pour repartir aussitôt. J'aurais souhaité quelles aient plus d'ampleur et de ramifications ; elles ne sont que de bref passage, trop court pour faire naître de l'empathie.

      L'auteur semble timide pour évoquer l'écoterrorisme, apparamment seule voix envisageable pour faire plier le capitalisme. Peut-on faire changer le monde sans se salir les mains ? Assurément non. Comment faire autrement ? L'idée est bouclée et bâclée en quelques phrases disséminées ici ou là. Ce sujet demandait de vraies chapitres, de forts questionnements, de mettre en balance toute la vie sur terre face à un capitalisme anthropophage et ostracisant.

      L'une des parties les plus intéressantes du roman sont les solutions proposées : la monnaie carbone, la création de vastes zones consacrées au réensauvagement animal, les pompages sous les glaciers pour freiner leurs disparitions, les mises en oeuvre de lacs dans le désert, à force de pompages de l'eau de l'océan, la mise en place de toute une flotte de bâteaux de transport propulsée par l'énergie solaire et par la voile, etc. D'ailleurs la scéne, heureusement assez longue pour une fois, du voyage en aérostat, m'a enchantée, me rapellant mes jeunes années Jules Verne.
      
      L'un des problèmes crucial de crédibilité du roman, vient d'une baisse drastique de la démographie mondiale. En effet, en l'espace de 30 ans, l'humanité passe de 8 milliards d'habitants à 2 milliards, où sont passés les 6 milliards manquants ? Aux oubliettes du temps ? Mis à part quelques millions de morts dus au dérèglement climatique, pas de trace de décès en masse, rien, nada ! Une telle chute de la population sans une once d'explication relève de la faute grave vis à vis de ses lecteurs, voire du mépris. Ainsi, ici ou là, le récit est constellé de beaucoup de blancs (notamment sur le passé douloureux d'Art, dont on ne saura rien), laissant sûrement le soin à son lectorat de les combler avec sa propre imagination. Cela peut plaire à certains, moi, cela me contratrie. J'ai besoin d'un minumum de rationalité, est-ce trop demander ?
      
      Quant à la plume de l'auteur, elle ne fait pas d'exploit,  frisant souvent le service minimum, j'aurais apprécié une écriture plus riche, plus ample. Amateur de littérature, passez votre chemin.

      En résumé, mis à part mes nombreux bémols, ce texte nous balade, après pléthore de divagations, du plus ténébreux pessimisme à l'espoir le plus inespéré.

      Personnellement, j'estime que Kim Stanley Robinson est un écrivain d'un optimisme surprenant. Peut-être faut-il garder, envers et contre tout une porte de sortie. Néanmoins, pourquoi vois-je à ce point le monde en noir ? Serais-je trop réaliste ?

7 nov. 2024


 " Les Rois Maudits "   de Maurice Druon   19/20

Version intégrale.


      Le grand procès du début du XIVéme siécle oppose le roi de France, Philippe le Bel, aux Templiers. Après avoir spolié les juifs, rançonné les compagnies de banquiers Lombard, altéré la monnaie et augmenté les impôts, le roi de France, toujours avide de se procurer de l'argent, s'attaqua aux Templiers. Cette importante organisation, à la foi militaire, religieuse et financière, devait aux croisades, dont elle tenait son existence, gloire et richesse. Le grand-maître de l'Ordre, Jacques de Molay, fut ainsi condamné, en mars 1314, à mourir brûlé vif sur l'île aux juifs, à Paris. Ses dernières paroles furent : Maudits, tous maudits jusqu'à la treizième de vos races !

      Dès lors, le malheur frappe la France : les quatre derniers rois Capétiens décèdent en moins de quinze ans. La dysnatie est ébranlée par des adultères, des assassinats, des procès et des trahisons, évoluant au final sur la fameuse guerre de Cent Ans.

      De Philippe IV, dit le Bel, jusqu'à Jean II, dit le Bon, Maurice Druon nous déroule le long ruban d'histoires incroyables, certes romancées, mais puissamment addictives. De ce bal sournois, d'une quête éperdue vers de la couronne de France, beaucoup s'y brûleront les plumes, quand ils ne perdront pas la tête, car le jeu diabolique d'accession au pouvoir n'autorise aucune faiblesse. Certains et certaines sont prêt(e)s à tout pour parvenir à leur fin, malheur aux candides, aux purs et aux trop honnêtes gens. Dès lors, de nobles et fidèles vassaux seront mortellement écartés pour laisser la place à des félons usant de courbettes et dissimulant poisons, perfideries ou autre armes aiguisées. A partir du moment où le diable tient les rènes, un tourbillon de ténèbres ne pourra que s'abattre sur la France.

      Avec maëstria Maurice Druon use de sa plume ; à la fois envoutante et érudite, elle enthousiasme les passionnés d'Histoire de France et d'Angleterre. Il y a potentiellement toute une génération de professeurs d'histoire qui doivent leur vocation à cette oeuvre.

      De surcroit, l'auteur, grâce à une documentation exceptionnelle, nous dévoile les moeurs, les croyances, les pratiques médicales et la vie au quotidien des français du XIVème, avec un sens du détail digne des plus grands orfèvres. Tout y est, sans oublier l'amour, le vrai le pur, et l'amour trahi, celui qui révélé au grand jour s'achève d'une manière effroyable.

      Même si ce royal pavé fait plus de 1300 pages, l'ensemble se lit comme un roman d'aventures aux multiples intrigues. Pavé, est vraiment le mot à employer car ce livre pèse 1564 grammes ! Pas toujours facile de le maintenir ouvert à portée des yeux, ce sera mon seul bémol !?!

      Inévitablement, l'effet miroir agit aux travers des siècles, en effet, l'Histoire contemporaine est-elle si différente avec ses jeux d'influence et de pouvoirs ? L'homme n'a t-il rien appris des pages sombres de son passé ? Triste sire que nous sommes, éternellement.

      A noter que l'écrivain américain George R. R. Martin, auteur de la série Le Trône de fer, est un grand admirateur des Rois Maudits, dont il reconnaît s'être inspiré pour écrire son propre cycle romanesque.

      Indéniablement, un monument de la littérature française.


19 oct. 2024

 Petit aperçu du jardin automnal 2024.

Partie 2



La douceur automnal permet à la plate-bande floral de m'offrir une nouvelle génération de fleurs.



Idem.



Idem, avec bourdon et son appétit avide de pollen.



Photo au graphisme original : le tronc du premier plan étant incliné vers moi, les coulures des gouttes d'eau de pluie se rejoignent de plus en plus.



Autre photo atypique : une flaque d'eau dans la brouette me renvoie la modeste image de ma personne.



Toute première récolte de topinambours ; ça sent la soupe qui se profile sur l'horizon des froidures de l'hiver.



Au potager, les chenilles de nos charmants papillons blancs font des ravages sur mes pauvres choux de Milan.



Premier essais de plantation et récolte de haricots rouges, ça marche plutôt bien !



Apparemment, Bouddha ne crache pas sur une bonne gorgée de bière. Personne n'est parfait !


Le jardin d'automne prend des allures de fin de saison. Une certaine débandade y règne.



Dernières offrandes des framboisiers remontants avant l'arrivée du froid.



On se dit au revoir avec ma rose préférée du jardin, par sa couleur, mais aussi et surtout, par son parfum extraordinaire. A bientôt.




 Petit aperçu du jardin automnal 2024

Partie 1



Quand les ziannias s'étirent vers l'azur.



Les oeillets d'Inde s'épanouissent en profitant d'un automne doux, pluvieux et un peu ensoleillé.



La danse des fleurs de fuchsia que je compare toujours à de petites danseuses classiques.



Appelée chayotte, chouchou ou christophile, cette cucurbitacée pousse sur des lianes...



...qui s'immiscent sur un support, ici un arbuste.



C'est rigolo de les voir pendouiller dans le vide, d'autant que les courges peuvent dépaser les 500 grammes.



Quand l'heure de la récolte a sonné, le stockage débute pour assurer nos repas d'automne et d'hiver.



Autre nouvelle courge très gouteuse : la Délicata, un goût partagé entre butternut, noisette et pomme de terre.



Année très productive pour les betteraves rouges ; les plus grosses frisaient le kilogramme !



On se quitte avec cette magnifique fleur de gingembre. A bientôt.

8 oct. 2024


 
" Sa Majesté des Mouches " de William Golding   7/20


      Après un accident d'avion, une bande de petits anglais, des collégiens bien éduqués, sont coincés sur une île déserte paradisiaque. Par la force des choses ils "robinsonnent", c'est à dire qu'un chef est désigné et que chacun des jeunes rescapés se voit attribué une tâche précise. Néanmoins, rapidement, l'irrationnel s'immisce dans leur vie ; le chef élu est contesté...

      Dans de nombreux romans, l'île fournit les conditions parfaites pour mettre en oeuvre une expérience sociale ; en les privant d'adultes, qui les auraient inévitablement influencés, elle permet de regarder l'enfance en face, malheureusement, bien vite, le vernis de la civilisation saute, des pulsions archaïques surgissent, un singulier ensauvagement va les métamorphoser en peuples primitifs voire satanique. L'effroyable jaillit alors, là où, peu de temps avant, nous avions affaire à une charmante bande de gamins sans histoire. La conclusion est sévère et sans appel : chaque homme, chaque enfant, niche au fond de lui-même des instincts de mort. Là-dessus, messieurs dames, bonne journée, ainsi qu'à votre progéniture, que vous regarderez peut-être plus du même oeil.

     Certes, le sujet est aussi passionnant que terrible ; l'innocence de l'enfance mit en question ; le fil qui sépare la belle éducation de la barbarie semble bien ténu ; cependant, la narration m'a paru d'une lourdeur assommante, il faut patienter jusqu'aux deux tiers du roman pour voir enfin quelque chose se produire, les gamineries incessantes m'ont lassées, puis m'ont rebutées. 

      Malgré tout, il reste un message bien pessimiste qui nous restera en mémoire et nous perturbera beaucoup plus longtemps que la qualité inexistante de la plume de l'auteur.

      Un classique de la littérature jeunesse, paraît-il, pourquoi pas, il y a si longtemps que je ne suis plus jeune !


13 sept. 2024



 " La symphonie du hasard " en trois tomes   de Douglas Kennedy   16/20


      Pendant les sixties et les seventies, la famille Burns est tout sauf banale. Chaque membre s'emploie à rendre toute discussion conflictuelle. Pourtant, même dans les désaccords les plus optus, les liens qui les unissent se distandent sans  jamais se romprent.

      Bref présentation : en premier lieu le père, un homme au caractère exécrable, porté sur l'alcool, et qui rêve de s'installer au Chili où il dirige une mine ; puis la mère, une femme autoritaire et intrusive, dont le plus grand souhait est de retourner vivre à New-York ; suivent les enfants avec l'aîné Peter, un jeune homme secret qui prend un malin plaisir à s'opposer systématiquement à son père ; ensuite son frère Adam, grand sportif responsable d'un grave accident de la route, il décide de suivre son père au Chili ; enfin la narratrice, Alice, la seule fille de la famille, est sur le point de rentrer en fac. 

      Sous nos yeux, Douglas Kenndy agite ce cocktail survitaminé sur fond de guerre du Vietnam, de coup d'état au Chili et de guerre civile en Irlande. Ainsi la petite et la grande histoire s'entremêle pour aboutir à une fresque sociétale et familiale, où, naturellement les mensonges, les trahisons et les coupabilités les plus diverses nourriront la plume de l'auteur.

      L'effet miroir est vertigineux, comment ne pas s'y reconnaître, plus ou moins, dans les choix de vies que chacun est amené à faire... ou pas. Quand, poussée par l'idéalisme de la jeunesse, notre volonté de liberté, et donc de contestation, se heurte aux forces du racisme, du sexisme, de l'homophobie et de la corruption. Comment réussir à exister dans un monde qui ne partage pas ses propres valeurs ?

      A la façon d'André Gide dans Les nourritures terrestres, ce roman fleuve aurait pu s'intituler : Famille je vous hais, mais l'auteur élargit cet horizon pour déborder sur l'écho d'un monde, dont les ondes entre en résonnance avec les protagonsites.

      Avec ses variations incessantes, la vie est une symphonie du hasard, où la seule chose qui soit sûr, est notre absence de certitudes. Alice en est une preuve vivante, elle se heurte et rebondit, telle une boule de billard, entre les aspérités d'une société en quête d'un absolu chimérique et illusoire.

      Même si certaines parties traînent un chouilla en longueur, même si la réussite professionnel, souvent momentanée, de chaque membre de la famille relève d'un manque de crédibilité, je dois dire que l'on se laisse embarquer sur ce navire familial qui prend l'eau de toute part. Douglas Kenndy maîtrise l'art du récit, il sait nous séduire, nous faire réfléchir, et c'est bien là l'essentiel.


18 août 2024

 Petit aperçu du jardin estival 2024

Partie 4




Qui de mieux qu'un ciel d'azur pour mettre en valeur les couleurs chaudes de la fleur de Montbrétia ?



Belle, la fleur de Belle-de-jour, mais si éphémère, qu'elle disparaît en fin d'après midi.



A l'entrée de la serre, un plant de lavatère s'exprime pleinement.



Dans la serre l'heure est au rougissement intensif, chez les tomates cerises...



...ou chez une variété flirtant autour des 500 grammes.



Celle-ci fait exactement 626 grammes, de quoi faire une entrée pour quatre personnes !



Résultat d'une cueillette avec pléthore de variétés.



Malheureusement tout ne se passe pas si bien, un exemple avec le mildiou qui vient assassiner le plant de ce qui aurait dû être une belle récolte, tout juste avant sa maturité.



Curiosité du jardin : voici un blob. Un organisme qui n'est ni un champignon, ni un végétal, ni un animal, ni une bactérie, mais plus un cousin de la famille des amibes.



Au sujet du poirier, la production est si importante que certaines branches touchent le sol, du jamais vu !



Il y a des roses qui ont un parfum littéralement extraordinaire, celle-ci en fait partie, d'ailleurs, je ne peux m'empêcher, à chacun de mes passages, d'y plonger un nez avide de sensations parfumées.



On se quitte avec ce feu d'artifice d'agapanthes, à bientôt.