" Je pleure encore la beauté du monde " de Charlotte McConaghy 15/20
La biologiste Inti Flynn est responsable d'un programme de réintroduction du loup dans les Highlands écossais, où leur présence permettrait la restauration d'un écosystème en déréliction. Naturellement, la jeune femme est confrontée à l'hostilité des locaux, craignant pour leur bétail. Outre l'adversité des autochtones, Inti Flynn soufre d'une maladie rare appelée synesthésie visuo-tactile, son cerveau commande à son corps de ressentir les sensations dont elle est témoin ; en gros si elle voit quelqu'un ou même un animal souffrir, elle ressent également cette souffrance, telle une empathie absolue.
Ne surtout pas lire le quatrième de couverture, une fois de plus trop bavard. Certes, on veut attirer le chaland, néanmoins le levier surprise ne fonctionne plus, bêtement.
Un bon point pour le titre, à lui tout seul il résume le roman et il titille notre envie d'en savoir plus. Sans oublier le dessin en couverture où quatre loups hurlent à la lune, comme une réclamation du droit d'exister sur cette terre asphyxiée par la main humaine.
Avec ce roman digne d'être édité chez Gallmeister, Charlotte McConaghy explore les ténèbres de l'âme humaine et les beautés incroyables de la nature atrocement abîmée pour ne pas dire plus. D'ailleurs, il faut reconnaître un beau talent à la plume de l'autrice pour décrire les mondes animal et végétal.
Au départ, le mot violence s'articule autour des meutes de loups, cependant, au fil des mots, une autre, plus redoutable se fait jour, celle de la violence aux femmes. Peu à peu elle devient omniprésente, jusqu'à en devenir étouffante, car chaque protagoniste en a souffert et en souffre encore. Le personnage de Aggie, la sœur jumelle d'Inti, est là pour pointer du doigt cette affliction qui la traumatise toujours, au point de rester cloîtrée jour et nuit. Constat alarmant, même si on le sait maintenant, c'est toujours bien dire une fois de plus la vérité des choses : la vraie violence, celle qui est monstrueuse, ne vient surtout pas du monde animal, mais des hommes (pas tous heureusement) qui ne cherche pas seulement à dominer la nature, mais à soumettre les femmes sous une masculinité autoritaire et abjecte.
Petit bémol : les psychologies de certains protagonistes, notamment de Gus, est un peu légère, il y a des manques de crédibilité ici ou là, certains passages m'ont paru brouillon, peut-être trop de sujets abordés pour les traiter en profondeur.
A noter l'une des scènes finales dans une forêt enneigée entre une parturiente et une meute de loup, telle une ode à la nature ou une célébration éternelle de la vie ; cette scène, à elle seule vaut la lecture du roman. Il y a longtemps que je n'avais pas été ému par une scène romanesque... hum, en vérité depuis certains romans de Jack London, autre célébrateur des espaces naturels.
A la fois thriller écologique et polar écoféministe, ce roman séduit par sa langue, par les sujets abordés et par la beauté incomparable de nos espaces vierges de traces humaines.
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