" Les Dames du Lac " de Marion Zimmer Bradley
Il faut avouer que ce récit, le premier d'une série de sept, traitant de la célèbre légende du Roi Arthur et des chevaliers de la table ronde, est d'une honorable d'envergure. Même si les figures mythiques et masculines, telles que Lancelot du Lac ou Merlin L'enchanteur, sont bien présentes, dans cette version, ce sont les femmes qui monopolisent les premiers rôles : Viviane, la Dame du Lac ; Ygerne, la mère d'Arthur et son épouse Guenièvre ; la Fée Morgane, etc.
Devant l'ampleur de cette fresque, j'ai été sidéré par la masse de travail qu'elle a dû demander à Marion Zimmer Bradley. J'ai aussitôt songé à Maurice Druon et son oeuvre : Les Rois Maudits, et inévitablement à George R.R. Martin et son ouvrage à ce jour inachevé : Le trône de fer. Toutes ses sagas, inventées ou historiques, mélangent à peu de choses près les mêmes ingrédients : l'accession au trône, la lutte pour rester au pouvoir, les intrigues de palais, les batailles, les trahisons et les amours contrariés. Toutefois, cette épopée ensorcelante, expose un affrontement, pour l'instant à fleuret moucheté, entre deux religions difficilement conciliables : celle druides avec leurs croyances ancestrales et la montée en puissance de la religion chrétienne, cherchant à faite fi des rites qu'elles considèrent comme païens, relevant d'un passé caduque. Ainsi, certains personnages sont écartelés entre deux mondes, origines de bien des tensions ; problème ô combien actuel, toujours irrésolu à ce jour.
Avec un lyrisme singulier, Marion Zimmer Bradley nous décrit un monde qui agonise, qui argumente pour préserver ses traditions séculaires, néanmoins, devant l'arrogance et les certitudes de l'autorité chrétienne, son avenir est sombre.
Naturellement, avec ce point de vue de départ, chaque personnages féminins existent réellement, sentimentalement comme psychologiquement. Elles luttent, elles tentent d'influencer pour faire entendre leurs maigres paroles dans ce monde débordant de virilité, avec ses grosses voix et ses grandes épées. Cependant, là est la limite de l'exercice, car à trop jouer sur le tableau féminin, il reste peu de place pour les hommes, difficile d'éprouver de l'empathie pour des protagonistes qui jouent en seconde division. J'imagine que Marion Zimmer Bradley a voulu redresser la barre un peu trop fortement, écartant allégrement tout homme, mais aussi les combats des armées chrétiennes censées repousser les barbares saxons, dont on n'aura droit à aucune description, ni des batailles, ni des saxons.
Ainsi, ce premier tome parle essentiellement des complexités des relations, d'amour, des mariages, des enfants et des religions ou croyances. Il oeuvre également à passer un message de paix, mais qui est prêt à l'entendre ? Peut-être qu'ensuite la palette s'élargit, le futur le dira ou pas ?
La plume de Marion Zimmer Bradley est agréable, ses descriptions sont immersives et ses dialogues sont d'un excellent niveau. Juste à regretter quelques répétitions qui font stagner une action trop absente, rendant parfois la lecture un rien brin ennuyeuse.
Bref, ce premier opus, plutôt bien écrit, met en exergue des considérations toujours d'actualités, après tout, c'est ce que l'on demande à une oeuvre, qu'elle soit universelle.
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