" La mare au diable " de George Sand
Au milieu du XIXème siècle, à Belair, un village du Berry, Germain, un honnête laboureur de 28 ans et père de trois enfants, se voit inciter à se remarier par son beau-père après le décès malencontreux de sa femme.
Longtemps considérées comme des romans mineurs, les histoires champêtres de George Sand sont loin d'être de simples historiettes régionalistes et enfantines. En effet, en un temps où la campagne n'est nullement digne d'intérêt, George Sand veut laisser une trace de l'endroit où elle a vécu une grande partie de sa vie. D'une part, en évoquant la vie rustique du Berry avec ses traditions, et d'autre part en y racontant une idylle imprégnée de pastoralisme. A l'écart du monde moderne, le lecteur découvre un univers clos ; le Berry étant une région des plus archaïques de l'époque.
Sous la plume érudite de l'écrivaine, se déploie une belle histoire où un homme part au loin chercher un bonheur qu'il avait juste sous les yeux, mais que ses considérations sociales empêchaient de voir.
Le roman est plus complexe qu'il n'y paraît, derrière le vernis de l'écriture se cache la condition humaine, d'ailleurs mise en place dès le premier chapitre par l'intermédiaire d'une gravure d'Holbein représentant un laboureur épuisé poussant sa charrue sous le regard d'un squelette armé d'un fouet, une allégorie de la vie paysanne. Plus complexe aussi, par ses quatre derniers chapitres qui relèvent d'un registre ethnographique. L'écrivaine témoigne ainsi d'une cérémonie de mariage ancestrale et atypique, comme une façon de rendre hommage à ces vies oubliées, perdues sous la poussière des siècles qui défilent et s'empilent. Ces hommes et femmes ont existés, ils ont été heureux et malheureux, par le truchement d'une écrivaine, ils ont laissés une trace. Peut-être aussi, s'agit-il d'un manifeste politico-moral, en effet, le récit conte les amours vertueux de Germain et de Marie, une jeune bergère, modeste et honnête, encouragés par un voyage bucolique où la nature jouera son rôle, ainsi que le fils aîné de Germain, le petit Pierre qui interviendra dans les situations décisives, fera parler son égoïsme d'orphelin tel un adorable séraphin.
Ainsi, il serait dommage de rayer d'un trait de plume cette histoire révélatrice d'une région, d'une tradition et de ses habitants.